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it’s good to be alive, to be alive, to be alive

you see we’re born, born, born to be alive (born to be alive)
you see we’re born, born, born (born to be alive) 

Aaah, Patrick Hernandez… Je me souviens de ce bon vieux clip vidéo.
Légère ambiance lumineuse, un tabouret noir et Hernandez se déhanchant de gestes brusques avec sa canne, l’air grave, pas un sourire sur le visage…
Mmmmhh, souvenir d’enfance.

C’est la chanson que je fredonne ce samedi matin dans la voiture en direction du manège.
Et oui, c’est vrai! Je ne l’avais pas encore écrit:  J’ai repris l’équitation cet automne!
Après plus de 20 ans sans avoir posé mes fesses sur un canasson.

Jess m’avait bien quelques fois titillé durant ces années: “Je ne comprends pas que tu aimais tant faire du cheval et que tu ne montes plus jamais. Ca doit te manquer!”,

J’avais bien de temps à autres remis le pied à l’étrier durant les vacances; Téméraire, en Jeans et baskets sur un “cheval promène touristes”.

“Ti vas voir môssieur, j’vas ti donner le cheval di patron”, me disait le guide tunisien.
“C’est un vrai pir sang arabe, mon frère. Trrrès nerveux!”

Mwouais, en clair sa nervosité se résumait à son envie pressante de retrouver sa paillote sur la plage,  il connaissait par coeur la moindre bifurcation de la balade et soupirait à chaque changement de rythme.
Merci patron!

En fait, j’avais toujours trouvé de bonnes raisons pour ne pas me remettre en selle: Manque de temps, difficulté de choisir un manège, pas envie de me sentir nul et raide, et surtout… peur d’y reprendre goût.

Loin de moi l’idée d’abandonner mes engins carbon, mais ces derniers temps mon corps ne se remettait plus de mes sorties à l’épreuve du pédalier.
Les 2 jours suivant mes kilomètres à deux roues étaient synonymes de douleurs et de récupération pénible. Le bien-être intense que m’apportait l’effort physique était grisé par la crainte de souffrir.

C’est vraiment par hasard, un mercredi matin, que je suis remonté sur ce grand hongre alezan dans un manège de Moorsel.
Les crampes et frissons dans le ventre, les gestes vacillants et le stress marqué, après une demi heure de leçon, les souvenirs et sensations étaient de retour.
Une chose était certaine: la fièvre du cavalier était revenue!

Le cyclisme c’est l’effort, l’endurance, synonyme du combat, de la lutte.
Rouler à vélo c’est difficile, cela m’épuise mais me rend plus combatif, plus résistant.
J’aime d’ailleurs écrire que je me sens fort sur mon vélo, que je n’ai pas peur du cancer, que je suis toujours positif, en lutte sur les pédales, prêt à mener tous les assauts, comme un guerrier sur son champ de bataille.
Finalement la dureté de ce sport se rapproche souvent des difficultés des traitements, de la chimio.

Durant cet automne pourtant, lutter m’a épuisé.
Rendez-vous chez le médecin, compléments alimentaires, régime, prises de sang, radios, scanners… Tout cet univers médical m’exaspérait.
Même relever des enveloppes de facturation de la clinique dans ma boite aux lettres avait le don de m’enrager.
J’en avais marre de me rendre à la pharmacie, de dépenser mon argent pour des anti-vomitifs, des anti-douleurs ou des compléments alimentaires.
J’avais le sentiment de toujours me montrer fort et sans faille, de savoir tout surmonter… Et au final, je me suis affaibli psychologiquement et physiquement.

Je faisais réellement une overdose médicale!

Sur un cheval, la sensation est différente.
Il faut ruser pour tenter d’entrer en symbiose avec sa monture, le comprendre, ne pas faire d’erreurs, ressentir ses muscles et tenter d’anticiper ses réactions.
J’adore cet instant où je sens que le cheval va faire un écart, ou je perçois la contraction d’un de ses muscles, de son encolure ou de sa croupe. Cela dure une fraction de seconde, je sais qu’il va tenter de m’échapper, de se dérober à ma main et, à mon niveau d’équitation, j’espère juste avoir le bon réflexe.

Le côté relationnel avec le cheval m’offre un apaisement exceptionnel, un sentiment de bien-être, de repos.
Dans ces moments, je ne pense pas à la maladie, je n’entrevois pas ce sentiment d’affrontement, ce besoin d’en découdre avec des cellules destructrices de mon corps.
En réalité, je vis ces moments comme une union étroite et harmonieuse avec MA vision de la guérison, associé à un perpétuel goût de “trop peu”.

Il n’y a sans doute pas de hasard à avoir retrouvé le chemin des écuries à cet instant de ma vie.
Dans cette période où j’ai besoin de me recentrer sur un avenir qui nécessitera plus que probablement de vivre en sérénité avec les aléas de mon crabe.
Une période où mon esprit a envie de se souvenir, encore plus qu’avant, que l’important c’est de vivre.

Alors oui, mon cancer fait chier et je continuerai à l’affronter.
Mais j’ai surtout envie d’abuser de cette injustice.
Tout comme les milliardaires profitent de leurs millions, je vais user des envies de vivre et des rêves que la maladie a réveillés en moi.

Après le “promène touriste”,  j’entrevois très sérieusement le cheval thérapie.

Born To Be Alive!!!

Plus d’un mois sans publication. Pas très sérieux!

Je ne suis pourtant pas resté inactif et les pages de mon journal électronique se sont remplies.
Je crois tout simplement que j’aimais la belle petite « gueule » de mon blog avec mon dernier post sur l’ascension de l’Alpe d’Huez : « Magic mountain ».
Il offrait une sorte d’aboutissement, un accomplissement ultime comme les dernières pages d’un roman qui se referme. Cela me plaisait de laisser ce repos contemplatif au capdelavie.com

Ce petit séjour sur les traces du Tour de France dans les Alpes fut un régal. On se rend souvent compte des bénéfices d’un séjour quand celui-ci est passé trop vite. Ce fut le cas.
Mes petits soucis de santé avant le départ et le couac de fin de séjour n’auront en rien terni ces bons moments.

Je culpabilise parfois de trainer avec moi les douleurs et incertitudes de mon état physique, qui représentent un lourd tribut à porter pour mes proches.
Je me rends compte dès lors que ces petits pèlerinages à la montagne sont bénéfiques pour nous trois.
Je me suis séparé de ma petite famille pour quelques jours et elles en ont profité de leur côté, lors d’un City Trip dans une ville plus branchée et ensoleillée.
Il est vrai que voyager avec moi signifie trop souvent se coucher en souhaitant que ma nuit ne soit pas écourtée par une crise quelconque ou se demander chaque matin si mon état me permettra de mener les activités prévues. Pas aisé à maîtriser !

La fin du mois d’août et des vacances scolaires auront été baignées par le soleil de Sainte Maxime. J’adore me retrouver dans cette petite maison du Sud.
Ne rien faire me ressource. Ouvrir les volets grinçants chaque matin, vivre au ralenti, profiter des couleurs du paysage, du bleu de la piscine, enfourcher le scooter pour acheter la baguette du p’tit dej et sentir ce vent chaud du bord de mer sur mon visage… Chaque petit détail de cette vie de la Côte d’Azur représente une béatitude et une quiétude profondes.

Néanmoins j’ai peiné à évacuer le stress. Mon épuisement physique et mental de cette fin d’été en était sans doute la cause.
Trop de questions sur mon sort médical sont en suspend, et la fatigue intense accumulée me donne le sentiment d’être inapte à mener une vie normale mixant la famille, le sport, les sorties diverses et la reprise du travail.
L’inactivité de ce début de séjour leur aura probablement offert l’opportunité de ressurgir.

Le programme de ce matin est pénible.

Le cathéter dans le bras, je patiente dans la salle du service de médecine nucléaire. Quatre fauteuils, deux tables, une grosse pile de magazines dont les pages froissées témoignent du nombre de feuilletages importants déjà subis.
Pourtant si je choisis de chauffer les touches de mon clavier, la majorité des patients restent immobiles, les yeux dans le vide, sans lire, juste à contempler le mur.
Jamais fort bavards, je tente souvent de deviner la raison de leur présence. J’imagine que les Pet Scans ne sont pas uniquement destinés aux cancéreux ?!
Cependant, ce matin, mon voisin de ‘patience’ est trahi par son bracelet de clinique. Ce petit bracelet blanc en papier sur lequel je découvre l’inscription U83.
L’Unité 83 de la clinique, celle où je suivais mes chimios.
Grand, mince, très maigre même … J’imagine son calvaire.

En face de moi, une dame âgée vient de s’installer, elle souffle sans arrêt malgré ses plongeons fréquents dans le sommeil. Elle semble épuisée.
L’infirmière lui demande une fois encore de boire de l’eau.
-Soupir profond-, elle semble trouver cette mission impossible.
Comme à chaque fois, de mon côté, j’ai bu le double de ce qui est conseillé. Mon petit exploit personnel, histoire de montrer que je peux faire mieux !

Une fois de plus, je suis le plus jeune. Mon teint encore un peu mat des vacances, chemise bleue, t-shirt gris avec inscriptions vertes, mon foulard fushia, baskets et jeans usé, je fais tache dans ce local terne mais ça ne me gêne pas. Je me sens même mieux, renforcé par ce contraste de différences.

Au mois de juillet, mon état de fatigue et les effets secondaires trop fréquents m’ont obligé à abandonner temporairement le traitement en cours.
Mon médecin a profité de ce moment pour m’annoncer que les patients traités en Floride ne l’ont jamais été plus de douze mois.

« Record battu ! », lui ai-je répondu. Moi, cela fait plus de deux ans.

Etrange, mais souffrir pour guérir était devenu une habitude, un passage obligé.
Le rythme des chimios, jongler entre des semaines de forme et de méforme étaient devenus mon quotidien. Alors, d’abord soulagé, je me suis ensuite senti un peu perdu, comme abandonné en chemin, comme s’il n’y avait plus de solutions à mon cas.

L’échéance des examens de ce jour s’est donc précisée comme une date butoir que j’avais du mal à voir se rapprocher.

Pour évacuer le stress de cette semaine, je tente de fuir le quotidien et m’occupe comme un gosse hyperactif.
J’ai bossé très tard lundi, pas de repos mardi et hier je me suis programmé une séance de wakeboard.
Enfin, je devrais plutôt dire une session “natation avec planche aux pieds”.

Nous avons testé le nouveau téléski d’un lac de l’Eau d’Heure.
Autant j’avais trouvé cela aisé et amusant derrière un bateau, hier ce câble tracté m’a arraché les bras.

Si généralement avec le bateau on utilise le terme ‘sortir de l’eau’, au téléski on démarre du ponton pour, en ce qui me concerne, ricocher sur le lac avant de boire la tasse et s’enfoncer sous le niveau d’eau.

C’est simple, je me suis senti comme ces personnages de dessin animé, qui pour une raison ou l’autre, décollent pieds joints laissant leurs chaussures au sol et accompagné d’un son du style : « pfffiouuu !! ».

C’est avec le pied gauche tout bleu que j’ai grimpé sur la table du scanner ce matin.

« Vous êtes blessé au pied monsieur ? », me demande l’infirmier.
« Heu, oui rien de grave, j’ai fait du wakeboard hier. Enfin, j’ai essayé. »

Après 6 mois sans bilans médicaux complets, mon rendez-vous de lundi soir avec le médecin s’annonce important.

Ce week-end, ce sera sur mon vélo que je m’évaderai, je m’y sens quand même plus à l’aise qu’avec mes pieds attachés sur une planche et sur (dans) l’eau.
Et si je roulais en compagnie d’une légende du vélo ?

« Eh Eddy… Ouais toi, Eddy Merckx ? Rase tes mollets, on se voit dimanche !»

Il y a des objets auxquels on accorde une valeur sentimentale certainement exagérée.

Fin 2008, juste après mon diagnostic, pendant plusieurs mois, je ne trouvais plus de plaisir à m’acheter de nouvelles choses. Même l’acquisition d’un pantalon, de nouveaux caleçons ou de chaussettes me semblait dérisoire. Comme si, inconsciemment, j’avais peur de ne plus avoir le temps d’en profiter, ne plus avoir assez de délais pour les user, pour les voir passer de mode.

Petit à petit, et presque naturellement, j’ai changé mon fusil d’épaule.
J’ai retrouvé la joie de m’offrir des vêtements, je me suis enfin acheté un Macbook et après avoir recouvré un peu de force pour pratiquer du sport, j’ai eu envie d’un nouveau vélo.

Au départ, je songeais : « Si mes bilans sont bons… Quand j’irai mieux… Quand je serai opéré… »
Et puis, je me suis dit : « Merde, oublie ces résultats et récompenses, fais-toi plaisir, force le destin et vis au présent ! ».
Et je me suis offert mon Cannondale Synapse Hi-Mode Carbone. Yeaaah !

La récompense, elle était là, à chaque fois que je pouvais l’enfourcher, pousser un coup de pédale, sentir la vitesse ou la rudesse d’une côte.
J’y avais même apposé mon surnom sur le cadre, tout un symbole, la classe totale !

Ce vélo était, évidemment, bien supérieur à mes capacités sportives.
J’en étais parfois gêné. Dans les moments de méforme, lorsque je croisais d’autres cyclistes, il m’est arrivé de feindre le problème technique.

En pleine côte à Hoeilaart, je me souviens m’être arrêté :
« Pfff, shit, fais chier ce vélo ! » en chipotant à mon dérailleur arrière.

« Een probleem ?
- Nee, nee, t’is niks »
, répondis-je.
(Ben oui, faut savoir que la majorité des cyclistes sont flamands dans ma région).

En fait, j’étais à bout de souffle, plus de jus dans les guibolles. Je n’avais pas envie que les mecs se disent :

« Regarde celui-là avec son matos de pro. Pas foutu de grimper une côte ! »

Ce qui aurait sans doute donné en VO :

« Kijk dat klootzak ! », ou quelque chose comme ça.

Mon Cannondale Synapse était devenu mon meilleur outil thérapeutique, celui qui me permettait de me sentir plus fort et d’oublier les inconvénients de la maladie.
Accroché au mur dans le hall d’entrée, il m’arrivait encore régulièrement de m’arrêter devant et de tout simplement le trouver beau.

J’ai même le souvenir d’avoir partagé ce type de moment avec Jess.
Un peu trop innocemment, sans doute, avant de quitter la maison, je me posais dans le hall et je lui disais :

« Il est quand même beau mon vélo, hein Jess ? »

Son petit sourcillement associé à un bref levé de paupières me faisait sentir quelque peu incompris, voire crétin.

Mon bike, comme je le surnommais, il me permettait de rêver rien qu’en posant mes mains sur la guidoline rouge et blanche en cuir. Je m’imaginais dans un col ou sur une petite route entre deux champs balayée par un vent chaud d’été.

Cet après-midi, je n’ai pas immédiatement réalisé.
Je me suis relevé, un peu sonné, soulagé de tenir sur mes jambes et de pouvoir, sans trop de mal, bouger les deux bras.
Je venais d’heurter une voiture de plein fouet, de m’effondrer sur le capot avant, d’être projeté sur le bitume et de me fracasser le casque sur la bordure du trottoir.

J’ai même, quelques instants, imaginé que j’allais repartir sur mon vélo et puis je l’ai vu, encastré dans le véhicule de cet imbécile qui m’avait coupé la route.
Le guidon et la roue avant étaient enfoncés dans la portière, mon Cannondale tenait en équilibre, la roue arrière soulevée de 30 cm du sol.

Au moment où la portière de l’ambulance s’est refermée, j’ai eu un petit sourire.
Moi qui pensais avoir fait une petite chute, me voilà embarqué avec une minerve, sous les sirènes d’une ambulance, retour à la case départ : Hôpital Saint-Luc !

Couché aux urgences, pendant que les médecins m’articulaient les membres dans tous les sens, je pestais du sort réservé à mon destrier carbone.
Si bien que l’urgentiste s’est arrêté :

« Vous savez, je peux comprendre que vous soyez en colère mais c’est déjà vachement bien payé que vous n’ayez rien de cassé.
Le corps humain est solide et le vôtre il tient vraiment bien le coup ».

Drôle, c’est juste après que je lui ai parlé de mon cancer et fait part des craintes pour mon port-à-cath touché dans la chute.

Ce soir, mon esprit me laisse les traces de ce bruit de tôle au moment de l’impact.
C’est que je ne me suis pas laissé faire, la Mercedes du gars, je l’ai bien défoncée.
La chute du pro, ça c’est fait !

Je songeais au récit de Lance Armstrong, qui lors d’un accident en montagne avait défoncé un véhicule italien et explosé son vélo.
Il décrivait ce sentiment d’être cassé de partout et c’est sans doute ce que je ressentirai au réveil demain matin.

C’est dingue mais je me rends compte que l’on garde, quoi qu’il arrive, une âme d’enfant.
Souvent, quand nos enfants égarent un jouet, on leur dit: “Mais ce n’est pas grave, ce n’est qu’un jeu, on va sans doute le retrouver” ou “tu en as d’autres”.

Et bien moi, je ne retrouverai sans doute pas mon bike, il sera déclassé, je ne le prendrai pas dans les Alpes cet été et je suis déçu.
Je vais jongler entre les constats de police, les déclarations d’assurances et les expertises avant espérer pouvoir en acquérir un autre.

Mais franchement, j’y tenais tellement que je n’aurais pas pu m’en séparer autrement, ça c’était un final, une vraie chute de champion!

Bon, maintenant, il ne reste plus qu’à en rire.
Allez Ghislain Lambert, ce week-end, on reprend l’entrainement!
I believe I can fly…

Ce jeudi, c’était le premier jour où j’étais autorisé à reprendre le sport.
Comme pour me titiller les gambettes, le ciel offrait sa première belle journée printanière.
Bien que ma nuit ne fut pas géniale et que le manque de repos se faisait sentir, je ne pu m’empêcher d’enfiler ma tenue de parfait cycliste.
Oooh, je sais. Beaucoup trouvent ce look moche et prolo.
Mais pour moi, enfiler mon collant de compression, mon cuissard 3/4, mes sur-chaussures néoprène, mon Damart Sport, mon maillot manches courtes orange truffés de pubs Cannondale et mes manchettes thermo… c’est un réel pied!
Je me prépare, et le bonheur de pousser un premier coup de pédale m’envahit déjà.

Cet après-midi, je crois avoir été le cyclo le plus lent sur les routes.
Ce qui est certain, c’est que mon équipement et mon vélo high-tech étaient bien supérieurs à mon niveau.
J’avoue que la joie des premiers coups de pédales laissent rapidement la place à un sentiment de découragement. Une lassitude de me retrouver à nouveau si peu performant, affaibli par le moindre effort physique.
Peinant sur ma selle, au pied d’une côte à peine escarpée, mes jambes s’avèrent rouillées. Je jette un oeil sur mon compteur (on ne peut plus high-tech, lui aussi), et je suis déjà à 80% de ma fréquence cardiaque maximum. La galère!
Je gamberge, et il me faut trouver une raison de poursuivre.

La voilà, ma conclusion motivante :  Ces dépressions physiques, m’obligeant constamment à redémarrer de zéro, me rendront plus compétitif!

C’est vrai quoi, cela me demande un tel effort de retrouver la condition et de tenter de revenir à un bon niveau.
Je m’imagine, une fois guéri, en faire un concept d’entraînement :

“Lorsque le sportif est au sommet de sa forme, on le met au repos complet.
On le laisse se gangrener par l’ennui et le manque d’exercice.
Quand il est au plus bas de sa condition physique, hop, entraînement intensif pour recouvrer son meilleur niveau.

Avec ma future méthode, et après quelques mois d’application, l’athlète pourra se permettre des interruptions hivernales sans craindre la reprise de sa discipline…
Pfff ça craint ta méthode, Jemphi.
Quel sportif voudrait souffrir gratuitement”
.

Ce sont des conneries?!
Probablement, mais soudain, je suis en haut de la côte, et je n’ai pas trop songé aux tours de pédalier douloureux.
Eh oui, le vélo me permet aussi de m’évader l’esprit, rêvasser et m’imaginer un futur empli de bonnes surprises.

Je n’avais plus fait de sport depuis mes crises hépatiques à répétition du mois de décembre. Ensuite, j’ai subi ma cholangioscopie et ma thoracotomie. Bref, deux anesthésies derrière moi, et une fatigue chronique qui pèse.

Cependant, je sais que j’entre dans ma meilleure période.
Les jours s’allongent, je me lève avec la lumière naturelle et je commence à entrevoir les belles journées de printemps. C’est assez incroyable, mais depuis que je suis malade, cette saison prend une toute autre importance.
L’an dernier, durant l’hiver, et le début de ma première chimiothérapie, je ne pensais qu’à ça :

“Tiens le coup Jemphi. Le printemps va arriver et ça va te donner un sacré coup de punch”.

Sentir les rayons du soleil, le vent légèrement humide du printemps, les odeurs de la forêts, du gazon, me donne une énergie que je n’avais jamais estimée auparavant.
Aujourd’hui, je suis capable de m’arrêter, respirer profondément et apprécier le bénéfice que peut m’offrir la nature.
Etrange, pourquoi étais-je incapable de profiter de çà avant?
Pourquoi je ne m’octroyais pas ce plaisir gratuit?
En fait, je n’en étais même pas conscient.

Celà paraît banal, mais si je dois me remémorer des instants salutaires de l’an dernier, il n’y pas photo.
- Une semaine à la côte belge à Pâques
- Un séjour au soleil de Sainte Maxime
- Mes après-midi de lecture à la chaleur des rayons solaires
- Mes sorties vélo et les routes de campagne
- Des repas en terrasse

Profiter, profiter… Et surtout en être conscient.

Cela mérite d’être signalé, la semaine écoulée a été exemplaire.

Malgré ma cure de chimiothérapie, je me suis rendu 4 fois au fitness pour suivre le cours de spinning.  Je n’ai pas ressenti de douleurs cette semaine et contrairement à ce que démontrent mes prises de sang, mon foie me donne l’impression de mieux se porter.
Le week-end dernier, je lisais un article relatif à l’activité cardio-training et l’atténuation des effets secondaires causés par les traitements de chimio.  En résumé, il démontrait que maintenir une activité physique durant les traitements améliore la vitalité, la force musculaire, les capacités aérobies et, surtout, atténue la fatigue due à la chimiothérapie.

Il ne m’en fallait pas plus pour me motiver et devenir mon propre cobaye!
Les instructeurs du cours de spinning auront donc vu ma trogne chaque matin.  Etrangement, je me suis étonné de retrouver assez vite un bon rythme, me sentant chaque jour meilleur sur le vélo et capable d’augmenter la vitesse de pédalage ainsi que la résistance. Bon, rien d’extraordinaire et digne d’un exploit, mais une amélioration personnelle qui m’a fait du bien au mental.

Comme d’hab, l’équipement top niveau : cuissard compression ergonomique avec peau de chamois double épaisseur sans couture, t-shirt technique offrant une seconde peau et permettant une évacuation optimale de la transpiration, chaussettes de cycliste moulées aux orteils grande respirabilité, bidon SIGG hi-tech en alu léger sans soudure, chaussures à clips… Et mollets reluisants. Hé hé, ça le fait de se sentir pro! Je fus presque étonné des absences de  Johan Museeuw et Tom Boonen dans le cours collectif.
En tout cas, la motivation et la satisfaction après séance étaient au rendez-vous.

Mon but avoué était double. Améliorer ma condition et me prouver que je pouvais tenir la distance dans cette nouvelle discipline mais surtout tenter d’éviter le K.O. annoncé après mes 14 jours de cure.
La période qui suit la fin de mes cures est devenue la plus rude, nausées, affaiblissement général et épuisement. Ce souci de me sentir si anéanti me pèse.

Ma semaine a été bouclée avec brio (avec qui ??), j’ai profité de mes matinées de forme et de mes après-midi de repos obligatoire, mes nuits de sommeil étaient meilleures et mon week-end en famille reposant et finalisé avec de bonnes crêpes au citron. Oui, je sais, spécial mais délicieux.

Ces efforts physiques vont-ils payer et me permettre de mieux traverser l’après-chimiothérapie?
On verra, mais j’ai profité du mieux que je le pouvais.

L’objectif de mon blog n’est pas exclusivement réservé à l’annonce de mes bilans, des suites du traitement où à mes humeurs dans les moins bons moments. Je souhaite aussi montrer que malgré la maladie et les traitements, je tente de garder une vie des plus normale et surtout de profiter de chaque instant.

Petit clin d’oeil vidéo dès lors, en cette matinée d’automne, et inauguration d’un ‘pied photo‘ multiusage offert par mon beau-frère pour mon annif.

Le climat indécis de ce jour férié ne m’a pas découragé à enfourcher ma bécane en vue d’une petite sortie, la plus sportive possible.
Aaaah, mes jambes… Partie de mon corps qui, mis à part les organes internes et la condition générale, a le plus souffert ces 12 derniers mois.  Plus de puissance, aucune résistance à l’effort et des muscles qui ont fondu par manque d’exercice. Fin septembre, je me suis décidé à retravailler tout ça.  Petites séances de fitness, exercices à la maison… Je n’ai, bien entendu, pas eu le courage tous les jours mais je tente de m’y tenir.
L’idéal serait de pouvoir reprendre un peu de course à pieds, mais cet effort physique particulier m’inflige encore des étourdissements et la nausée.
Etrange mais le vélo reste ma discipline favorite, une sorte d’exutoire physique qui me fait souffrir et m’offre en même temps un bonheur intense.
Je roule souvent seul et m’amuse de petits jeux qui font oublier l’effort ou du moins le rendent plus aisé.
En côte, les maisons ou prairies des bords de route prennent l’allure de montagnes et de dévers profonds, je ne suis plus dans le Brabant mais en pleine ascension d’un col des Alpes.  Ce matin, sur les routes humides de campagne, je défiais les véhicules motorisés : les voitures prenaient la forme de ‘saloperies’ de tumeurs cancéreuses.  Je les rattrape, profite d’un virage, un ralentissement et hop, je touche la carrosserie de ma main. Hé hé, j’ai eu sa peau.
Pas très malin mais vraiment amusant!

Plus sérieusement, comme disait Lance Armstrong : “Asseyez-vous 3 heures, seul sur une chaise, sans bouger, sans parler, sans regarder la télévision. Vous êtes seul avec vos pensées, vos émotions, vos souvenirs. C’est ça le vélo, c’est ma thérapie.”
Je me retrouve parfaitement dans cette citation.

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