Archive de Tag pour ‘stress’.

Plus d’un mois sans publication. Pas très sérieux!

Je ne suis pourtant pas resté inactif et les pages de mon journal électronique se sont remplies.
Je crois tout simplement que j’aimais la belle petite « gueule » de mon blog avec mon dernier post sur l’ascension de l’Alpe d’Huez : « Magic mountain ».
Il offrait une sorte d’aboutissement, un accomplissement ultime comme les dernières pages d’un roman qui se referme. Cela me plaisait de laisser ce repos contemplatif au capdelavie.com

Ce petit séjour sur les traces du Tour de France dans les Alpes fut un régal. On se rend souvent compte des bénéfices d’un séjour quand celui-ci est passé trop vite. Ce fut le cas.
Mes petits soucis de santé avant le départ et le couac de fin de séjour n’auront en rien terni ces bons moments.

Je culpabilise parfois de trainer avec moi les douleurs et incertitudes de mon état physique, qui représentent un lourd tribut à porter pour mes proches.
Je me rends compte dès lors que ces petits pèlerinages à la montagne sont bénéfiques pour nous trois.
Je me suis séparé de ma petite famille pour quelques jours et elles en ont profité de leur côté, lors d’un City Trip dans une ville plus branchée et ensoleillée.
Il est vrai que voyager avec moi signifie trop souvent se coucher en souhaitant que ma nuit ne soit pas écourtée par une crise quelconque ou se demander chaque matin si mon état me permettra de mener les activités prévues. Pas aisé à maîtriser !

La fin du mois d’août et des vacances scolaires auront été baignées par le soleil de Sainte Maxime. J’adore me retrouver dans cette petite maison du Sud.
Ne rien faire me ressource. Ouvrir les volets grinçants chaque matin, vivre au ralenti, profiter des couleurs du paysage, du bleu de la piscine, enfourcher le scooter pour acheter la baguette du p’tit dej et sentir ce vent chaud du bord de mer sur mon visage… Chaque petit détail de cette vie de la Côte d’Azur représente une béatitude et une quiétude profondes.

Néanmoins j’ai peiné à évacuer le stress. Mon épuisement physique et mental de cette fin d’été en était sans doute la cause.
Trop de questions sur mon sort médical sont en suspend, et la fatigue intense accumulée me donne le sentiment d’être inapte à mener une vie normale mixant la famille, le sport, les sorties diverses et la reprise du travail.
L’inactivité de ce début de séjour leur aura probablement offert l’opportunité de ressurgir.

Le programme de ce matin est pénible.

Le cathéter dans le bras, je patiente dans la salle du service de médecine nucléaire. Quatre fauteuils, deux tables, une grosse pile de magazines dont les pages froissées témoignent du nombre de feuilletages importants déjà subis.
Pourtant si je choisis de chauffer les touches de mon clavier, la majorité des patients restent immobiles, les yeux dans le vide, sans lire, juste à contempler le mur.
Jamais fort bavards, je tente souvent de deviner la raison de leur présence. J’imagine que les Pet Scans ne sont pas uniquement destinés aux cancéreux ?!
Cependant, ce matin, mon voisin de ‘patience’ est trahi par son bracelet de clinique. Ce petit bracelet blanc en papier sur lequel je découvre l’inscription U83.
L’Unité 83 de la clinique, celle où je suivais mes chimios.
Grand, mince, très maigre même … J’imagine son calvaire.

En face de moi, une dame âgée vient de s’installer, elle souffle sans arrêt malgré ses plongeons fréquents dans le sommeil. Elle semble épuisée.
L’infirmière lui demande une fois encore de boire de l’eau.
-Soupir profond-, elle semble trouver cette mission impossible.
Comme à chaque fois, de mon côté, j’ai bu le double de ce qui est conseillé. Mon petit exploit personnel, histoire de montrer que je peux faire mieux !

Une fois de plus, je suis le plus jeune. Mon teint encore un peu mat des vacances, chemise bleue, t-shirt gris avec inscriptions vertes, mon foulard fushia, baskets et jeans usé, je fais tache dans ce local terne mais ça ne me gêne pas. Je me sens même mieux, renforcé par ce contraste de différences.

Au mois de juillet, mon état de fatigue et les effets secondaires trop fréquents m’ont obligé à abandonner temporairement le traitement en cours.
Mon médecin a profité de ce moment pour m’annoncer que les patients traités en Floride ne l’ont jamais été plus de douze mois.

« Record battu ! », lui ai-je répondu. Moi, cela fait plus de deux ans.

Etrange, mais souffrir pour guérir était devenu une habitude, un passage obligé.
Le rythme des chimios, jongler entre des semaines de forme et de méforme étaient devenus mon quotidien. Alors, d’abord soulagé, je me suis ensuite senti un peu perdu, comme abandonné en chemin, comme s’il n’y avait plus de solutions à mon cas.

L’échéance des examens de ce jour s’est donc précisée comme une date butoir que j’avais du mal à voir se rapprocher.

Pour évacuer le stress de cette semaine, je tente de fuir le quotidien et m’occupe comme un gosse hyperactif.
J’ai bossé très tard lundi, pas de repos mardi et hier je me suis programmé une séance de wakeboard.
Enfin, je devrais plutôt dire une session “natation avec planche aux pieds”.

Nous avons testé le nouveau téléski d’un lac de l’Eau d’Heure.
Autant j’avais trouvé cela aisé et amusant derrière un bateau, hier ce câble tracté m’a arraché les bras.

Si généralement avec le bateau on utilise le terme ‘sortir de l’eau’, au téléski on démarre du ponton pour, en ce qui me concerne, ricocher sur le lac avant de boire la tasse et s’enfoncer sous le niveau d’eau.

C’est simple, je me suis senti comme ces personnages de dessin animé, qui pour une raison ou l’autre, décollent pieds joints laissant leurs chaussures au sol et accompagné d’un son du style : « pfffiouuu !! ».

C’est avec le pied gauche tout bleu que j’ai grimpé sur la table du scanner ce matin.

« Vous êtes blessé au pied monsieur ? », me demande l’infirmier.
« Heu, oui rien de grave, j’ai fait du wakeboard hier. Enfin, j’ai essayé. »

Après 6 mois sans bilans médicaux complets, mon rendez-vous de lundi soir avec le médecin s’annonce important.

Ce week-end, ce sera sur mon vélo que je m’évaderai, je m’y sens quand même plus à l’aise qu’avec mes pieds attachés sur une planche et sur (dans) l’eau.
Et si je roulais en compagnie d’une légende du vélo ?

« Eh Eddy… Ouais toi, Eddy Merckx ? Rase tes mollets, on se voit dimanche !»

Dimanche matin, je suis le seul réveillé de la maison, même le chien et le chat ronflent encore à mes côtés dans le salon.
Mon regard est attiré par la veine du bras droit encore légèrement douloureuse depuis mon passage à la clinique de mardi.
Je me remémore cet examen médical et je songe au stress que mon corps s’impose si souvent. Stress si nuisible pour moi, que j’ai si souvent apprivoisé mais qui, parfois, s’avère si énorme à surmonter.

Depuis mon dernier séjour aux urgences, les prescriptions pour ces fichus scanners m’avaient rendu fort anxieux, toutes ces statistiques horribles refaisaient leur apparition dans mon esprit, je luttais chaque jour, chaque heure pour trouver du positif et garder le moral.

La journée de mardi fut bien remplie.
Démarrage des hostilités à 11h30. Vous vous imaginez? 11h30, à jeun!!
Rien que ça, ça me met de mauvaise humeur.

Pour combler ce début de matinée, je passe par le bureau du centre du cancer afin de faire le plein de gélules de chimio et de compléter mes ordonnances.
Les assistants médicaux de ce département sont extras. Non seulement ils sont au courant de tout mon dossier mais contrairement aux médecins, ils prennent leur temps, me demandent des nouvelles de ma famille, de mon quotidien, de mon retour au bureau, etc…
Pourtant, je les sens inquiets, même un peu déçus de mon état moyen et des douleurs que je dois endurer.

Le scanner du jour nécessite une injection.
Je le connais cet examen, d’ailleurs je pense avoir pratiqué tous les types de scanners disponibles à Saint Luc et probablement la majorité des examens cliniques.
Par rapport à ça, je me demande encore comment j’ai pu échapper à la colonoscopie. Je ne vous détaille rien, mais c’est généralement celui qu’on réfute à annoncer.
On dit à son entourage et ses collègues :  “heu, oui, je vais à la clinique, un petit check up”
Tu parles d’un petit check up!  Une exploration très intime du côlon où ton médecin reprend le rôle de Nicolas Hulot.

Bref, ça devient une compétition et une récompense d’échapper encore à ce bazar.

Retour à mon scan, la perfusion du bras droit lâche et laisse immédiatement la place à une marque bleutée et douloureuse dans le pli du coude.
Ensuite, c’est encore un peu plus douloureusement que l’infirmière introduit l’aiguille de perfusion dans mon bras gauche.
Avec du recul, j’ai le sentiment que tout mon corps était stressé, même mes veines n’acceptaient pas cette intrusion de l’aiguille qui d’habitude se déroule sans souci.

La perfusion installée, je m’allonge sur la table du scan et dois placer mes bras au dessus de la tête, position peu agréable avec une aiguille fraichement implantée et qui me tiraille la veine.

C’est la suite que je hais… Pourtant si rapide et indolore, je suis quelque peu gêné d’être sensible à cet examen.
Le scanner se met à tourner accompagné de son bruit de turbine si caractéristique, je fais les deux premières apnées demandées, la table bouge puis se remet à son emplacement initial.
Ces premières phases terminées, je sais ce qui va suivre!
Le petit ‘piston’ lié à ma perfusion s’enclenche et l’injection dans mon bras se fait instantanément, la pression est importante et me donne le sentiment que ma veine va exploser.
Mes bras étant positionnés contre mes oreilles, je perçois sans effort le bruit du produit circulant dans la perfusion.
Je déteste ce son, je me sens comme un condamné à mort par injection létale, menotté par une aiguille, des tuyaux et un système électronique d’injection.

La particularité du produit de contraste est qu’il procure une brûlure désagréable dans la gorge, la vessie et les testicules. C’est tellement dérangeant, que j’ai l’impression de m’uriner dessus.
Le goût âpre de cette substance est si tenace qu’à peine sorti de la salle, j’ingurgite une quantité d’eau importante, juste dans le but d’évacuer cette crasse de mon corps au plus vite.

Jeudi, fin de journée, je me rends chez mon médecin.
Pendant qu’il attrape mon dossier, il me confie: “Vous êtes vraiment mon cas le plus spécial!”
Je panique un instant mais suis vite rassuré par son sourire.

“En effet, une fois de plus, je ne peux donner aucune explication à vos douleurs.
Vos examens ne montrent rien d’inquiétant, votre prise de sang est vraiment parfaite. Pas d’inflammation, enzymes pancréatiques et hépatiques nickels.”

Et oui je le sais, malgré les crises et les effets secondaires très pénibles de la morphine, je me sens en forme.
Alors je m’empresse de lui faire part de mon état. Comme si il allait être réticent à me croire, je lance mes preuves :

“Vous savez, j’ai repris le spinning, je faisais 2 ou 3 séances par semaine. Et puis je suis sorti à vélo plusieurs fois, j’ai roulé près de 50 km sur route et ma récupération était meilleure”.

Il sourit et poursuit avec des questions précises sur mon état, ma capacité à gérer la souffrance et ma colère face à celle-ci . La conclusion n’ira pourtant pas plus loin que quelques hypothèses sur les raisons de mes douleurs.
Je constate pourtant qu’il est satisfait de mon évolution. Sur mon dossier du jour, il écrira en conclusion de la consultation: “Positif”.
Je suis content.

Avant de nous quitter, il me confiera qu’il traite une deuxième patiente avec le même cocktail chimiothérapeutique que le mien.
Curieux, et même si je crains d’en savoir trop, je lui pose quelques questions.

Cette fille est atteinte de nombreuses métastases également, “j’ai cru que j’allais la perdre, et le Témodal l’a remise sur pieds. Je suis satisfait. C’est un super traitement que vous avez tous les deux!”, me confie-t’il.

Je suis heureux de notre discussion pleine d’ouverture et de confiance.
Je quitte son bureau avec un double sentiment, heureux d’être entre de bonnes mains et triste du destin de ma nouvelle compagne de route.

Elle n’a que 27 ans.
Cette maladie ne mérite même plus mes insultes!

Un lundi sous le signe d’un nouveau départ.
Ce matin, Jess a repris le travail, Emma le chemin de l’école, après une semaine de classes vertes, et moi… Je ne sais pas encore trop quelle direction.
Je n’avais plus été seul depuis ma sortie de clinique et cette première journée d’ermite se clôturera par un rendez-vous chez mon médecin. Mes radiographies de la semaine dernière ont délivré leur secret et j’en connaîtrai les détails ce soir.
Je reste inquiet, même si je ne m’attends clairement pas à de bonnes nouvelles.  Sans chimio depuis 3 mois, plus d’IRM ni PetScan depuis janvier, et une ouverture dans l’abdomen qui a révélé de mauvaises choses, ça craint un peu.

Inquiet pour ce soir, je reste cependant confiant pour la suite.
L’été approche et je compte profiter de chaque moment qui me sera offert, ou plutôt, que je me serai imposé. Finalement, j’ai envie de faire un trait sur ces bilans médicaux et faire confiance à mon corps et mon esprit. Tant que je me sens bien et capable de jouir de journées extraordinaires, ce sera ça de gagné sur la vie.
Ce sera VIVRE!

Bien entendu, je continue à faire confiance à mon équipe médicale, et je poursuivrai les traitements proposés.  Mais il est grand temps que le mental prenne une dimension encore plus grande, que l’anxiété et les révélations des examens passent au second plan. Que la maladie progresse, se stabilise, ou régresse, il faut que mon esprit reste canalisé sur mon envie profonde de vivre.
Diminuer les stress oxydants et continuer à vivre dans le plaisir.
Je le sais, cette maladie déteste le besoin de vivre, les rires, la joie, le bonheur intense, l’amour, les encouragements, la combativité… Et je ne veux plus lui faire aucun cadeau.

Régulièrement, je m’interroge sur la manière dont je pourrais remercier tous mes alliés.  Toutes ces personnes qui m’aident, me soutiennent, m’encouragent et croient en ma guérison. Tous ceux qui, chaque jour, dans le courant de leur journée, ont une pensée pour moi, pour Jess, pour Emma, ceux-là mêmes qui nous apportent une force inestimable.
Eh oui, au lieu de simplement penser à moi, il m’arrive de me tracasser de tout ce que je chamboule dans le quotidien des autres et de tout ce que je devrais donner en retour.

Mais parfois, je crois que le meilleur moyen de remercier, est simplement d’accepter ce que l’on nous offre.
Profiter de ce cadeau, qui peut-être, un jour, nous permettra d’aider, à son tour, un proche dans le besoin.

Ce matin, je songe à nouveau à ce bel hommage offert par mes collègues lors du Télévie.
J’accueille ce présent avec émotion, cet encouragement m’emplit de force et je me promets, une fois encore, que je garderai le cap.

Merci à Bernard Yerlès, pour sa lecture et son gentil message personnel.

Pay it Forward” le film à découvrir…

Et oui, ce vendredi était une de ces journées que je vis si difficilement tous les 2 mois. Inutile de vous décrire en détails ce que fut mon état de stress, avant de rencontrer mon médecin, pour les résultats de mon bilan.
Horrible !

Dans la salle d’attente, nous avions hérité d’une bien mauvaise place. Impossible pour moi de jeter mes coups d’œil inquiets vers le bureau du médecin. En cause, ces fichus panneaux de séparation qui n’apportent rien à la déco et ce gars, comme sorti de chez Décathlon et équipé d’un énorme sac à dos, qui reste debout juste dans mon champs de vision. Pff, shit, cela n’aide pas mon anxiété.
Je continue à converser avec Jess, tout en tentant de hisser ma tête au delà de ces obstacles.
Au bout d’une dizaine de minutes, ultra longues, et alors que je n’ai toujours pas aperçu la tête de mon gastro-entérologue, voici que celui-ci arrive par l’autre bout du couloir et me prend par surprise. Moi, qui suis si méthodique pour chaque visite, me voilà bien contrarié !

« Bonjour, vous me suivez, c’est à nous ».

Les nouvelles restent bonnes.
La maladie est stable et l’intensité de la tumeur et des métastases en régression.
D’abord inquiet du volume plus important de certaines métastases du foie, je vais adorer l’explication du médecin :

« Cela ne m’inquiète pas trop. Certaines lésions peuvent grossir légèrement en se nécrosant. »

Waouw, mes lésions qui se nécrosent, j’adore cette image !
Je me l’imaginerai bien souvent avant de m’endormir. Quelle belle motivation.

Fierté !
C’est sans doute le sentiment étrange que je ressens ce soir.
Lors d’un colloque international, le week-end dernier, mon médecin m’explique avoir présenté mon cas clinique. Je songe rapidement à d’éminents gastro-entérologues et chirurgiens se plongeant avec intérêt sur mon cas, échangeant leurs avis sur une opportunité chirurgicale, jusqu’il y a peu non envisageable.
Mais, inévitablement, cela me ramène aussi à la gravité et la rareté de mon cancer.
Comme je le pense depuis un bon moment, je dois faire de cette singularité une arme supplémentaire.

Finalement, quelle chance dans mon malheur.
Je suis heureux d’avoir fait le bon choix pour mon médecin.

Hier après-midi, j’ai connu ma crise de foie la plus importante depuis le mois de décembre. J’étais tellement atteint que mon état m’a réellement foutu la trouille. Mes tremblements m’empêchaient de garder le thermomètre dans la bouche, tant mes mâchoires s’entrechoquaient.

Résultat :

« Cette fois, vous n’échapperez pas à la cholangioscopie. On fait ça lundi matin sous anesthésie »
« Heu, ça va, je n’ai rien de prévu »
, répondis-je en souriant.

Le principe de l’intervention est de déboucher la voie biliaire dans laquelle on m’a placé un stent. Initialement ma tumeur faisait pression sur cette voie, qui, bien plus large depuis l’aide du stent, se bouche anormalement.

On discute de ma chambre privée  ou des conditions de mon colloc, et je tente de négocier une entrée à jeun lundi matin, en vain.
Le médecin prend son téléphone :

« Oui, bonjour, j’aurais besoin d’une chambre ce dimanche pour mon patient.
- Hum, plus de chambre privée ?
- Alors selon le souhait de mon patient, pas avec un vieux, sale, qui rote, pète et urine à côté de la toilette.»

Moment de silence
« On vous met à côté de la fenêtre, un colocataire de 1964, ça va ? »

On se marre, j’acquiesce, l’affaire est conclue!

Ce soir, fatigué de ma dernière nuit fiévreuse, je tenterai de m’endormir paisiblement, avec, dans la tête, les images de mes métastases qui se nécrosent et d’un col alpin sur mon vélo.

Ma nouvelle petite victoire, je la dédie à Christine.

Il est 16 heures, la salle du -1H1 de Saint Luc est comble.
Il n’y a rien à faire, je ne m’habituerai jamais au stress de cette attente.
C’est compliqué de décrire ce que je ressens et ce que je crains le plus lors de ces rendez-vous avec mon médecin. Sur la route vers la clinique, déjà, mes tripes commencent à se tordre, ma gorge s’assèche, des bouffées de chaleur m’envahissent. Je recherche mon souffle, la pointe de mes oreilles brûle.

Souvent, j’imagine mon docteur m’annoncer la meilleure des nouvelles :
“C’est incroyable, je suis bluffé!
On a du relire vos scanners à plusieurs reprises.
Vos métastases ont disparu et votre tumeur a diminué de moitié. L’activité de vos cellules cancéreuses est au plus bas.
Vous êtes en train de vous en sortir de manière extraordinaire.”

Malheureusement, le scénario catastrophe tient également sa place dans mes pensées. La peur d’être atteint aux poumons, aux os, au cerveau… Mon cancer qui pourrait gagner du terrain, un cauchemar avec lequel je dois vivre au quotidien.

Ce vendredi, les premiers mots du médecin sont destinés à faire tomber la pression: “Bon, ce sont des bonnes nouvelles aujourd’hui!”. Mon état de stress devait être palpable.

Je suis incapable de décrire la force de soulagement de ces premières paroles. La tension générée par ces bilans est d’une telle intensité que ce changement d’émotion me plonge, dès lors, dans un état proche de l’inconscience, incapable d’assimiler correctement les explications supplémentaires et le détail du diagnostic. Cela résonne comme un écho dans ma tête “les résultats sont bons, les résultats sont bons, les résultats… “. Heureusement que Jess est présente.

Mon état est resté stable durant ces deux derniers mois.  Une majorité de métastases ainsi que ma tumeur ont légèrement diminué de volume. Une baisse d’activité des cellules est également remarquée.

Je me sens plus soulagé que heureux. Difficile à comprendre, je sais!
Le diagnostic encourageant du mois de septembre m’avait apporté tellement de bonheur que je craignais de devoir subir un nouveau revers. Le style de baffe que vous assène la maladie après vous avoir offert un répit et de l’espoir.
Avec un peu de recul, cette deuxième victoire est sans doute encore plus importante. Je me convaincs que ce n’est pas le cancer qui m’offre un répit, mais moi qui ai arraché une victoire.

La bagarre continue et je poursuis ma chimiothérapie jusque fin janvier.

>> La page sur mes traitements et le suivi de mes bilans actuels

“Mais non ma puce, ton t-shirt n’est pas trop long. D’ailleurs ta jupe dépasse encore un peu.
Quoi? Tu hésites à le porter ce soir?
Ce serait dommage car j’imagine mal maman te laisser aller à l’école avec ce truc noir des Jonas Brothers, digne d’un t-shirt KISS ou ACDC achété Galerie Agora…
Bon, laisse-le, il n’y aura pas de meilleure occasion.
On file, on va être en retard”.

Et oui, hier soir j’ai emmené Emma et sa copine au Sportpaleis d’Anvers pour assister au concert des Jonas Brothers.
Je vous vois déjà sourire, mais je vous assure que l’expérience mérite d’être vécue : 15 mille personnes dont, à mon avis, 13.890 gamines hystériques et décidées à hurler jusqu’à la rupture des cordes vocales.
On est dimanche, 21 heures et j’ai toujours le tympan gauche enflé et bourdonnant.
Je vieillis ou quoi!? Mais non, c’est la sono qui était trop puissante.

“T’as pas les oreilles bouchées, Emma?
- Non
Ca allait quand même un peu fort…
- Oh non, c’était génial!”

Ok, je me suis chopé un coup de vieux.

Cependant, les filles se sont éclatées et ont passé deux heures debout sur leur chaise à danser, chanter et pousser ce fameux glapissement -aigu par définition-, celui-là même qu’un humain du genre masculin est incapable de reproduire.

C’était ma première sortie dans la foule depuis le début de mes séances de chimiothérapie, il y a près d’un an. Par prudence, je m’étais gardé de côtoyer des lieux publics trop fréquentés. Je suis content que cette première laissera un nouveau souvenir dans le coeur d’Emma.

IMG_0023

Demain, j’entame une nouvelle semaine décisive.
Mercredi, je rentrerai, à l’aube, à la clinique pour un bilan complet. IRM, Pet Scan et prises de sang. Les résultats ne tomberont que vendredi après-midi.
Pourrai-je mieux gérer la pression? Aucune idée.
Je compte bien me concocter une semaine bourrée d’activités diverses, histoire de minimiser le stress.

Faites-vous une idée de ce qui a grillé mes tympans… et diminuez un peu le volume avant de cliquer sur Play.


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