Archive de Tag pour ‘pancréas’.

Je me suis couché tard ce dimanche, ma tête plongeait dans le fauteuil mais d’un coin de l’oeil, je luttais pour regarder le début du Super Bowl.

Il est 2h34.
Je me réveille avec une légère pointe dans le dos, celle-ci m’empêche de dormir correctement. Je me retourne quelques fois. Rien à faire, j’ai à peine dormi plus d’une heure mais je dois me lever et avaler un premier anti-douleur.
Une bonne excuse pour regagner le salon et me replonger dans le match qui se déroule à Dallas: Les Pittsburgh Steelers contre les Packers de Green Bay.

Malheureusement, je me rends rapidemment compte que la douleur va s’intensifier.
Je prends donc les mesures de routine, coussin chauffant 3 minutes au micro-ondes, coussin pour me maintenir le dos, plaid pour ne pas que les noyaux de cerises brulants ne crament le fauteuil.
Je passe au second anti-douleur et je me colle un patch de morphine sur l’omoplate… Et oui à ce moment, je ne sais pour quelles raisons, je suis conscient que la crise est partie pour durer.

J’aime dire ces dernières semaines que je suis en pleine forme, que je me sens bien et c’est le cas.
Mais pour le deuxième week-end d’affilée, cette douleur me met au tapis. Ce lundi, à l’aube, je réalise très vite que je ne pourrai échapper à une visiste aux urgences!

Les médecins décrivent cette douleur comme un coup de poignard.
En ce qui me concerne, je serais plus précis. Ce serait plutôt une lame enfoncée une petite dizaine de centimètres sous mon omoplate, qu’on tourne lentement d’un quart de tour, qui procure une douleur intense, qui irradie jusque dans le ventre et qui produit des lancements extrêmes sous la poitrine.
Pfff, ça soulage de décrire cette douleur, comme si je rompais un secret, aucun médecin pour tenter de redéfinir ma douleur ou d’y trouver d’autres symptômes.
Je ne peux pas mieux la décrire ,cette vacherie!
Qu’elle provienne de l’estomac, du pancréas, de la rate… Voilà ce que je ressens!

Voici comment ce cancer aime me rappeler qu’il a investi mon corps!

Comme d’habitude à mon arrivée aux urgences, les médecins s’offusquent des brûlures présentes sur mon dos. Les cicatrices boursoufflées de la semaine dernières sont maintenant recouvertes par de nouvelles traces bordeaux et de cloques au niveau de ma colonne.

Les infirmières semblent stupéfaites que je puisse me brûler à ce point pour combattre la douleur. J’utilise alors ces plaies comme preuves de la souffrance, comme un sésame pour qu’on me plonge rapidemment sous la morphine.
Malheureusement, le protocole de la clinique prévoit d’abord des médicaments plus basiques. Bien qu’ils soient injectés par intraveineuses, ceux-ci ne font aucun effet. Il faudra plus de 2 heures à me tordre sur mon brancard pour que le médecin me prodigue enfin une première injection de morphine.

De mon côté, je continuerai à me carboniser la peau.
Au sommet de la douleur, je ne me rendrai même plus compte de la chaleur de ces noyaux enfermés dans le coussin rouge. Pourtant, mon père qui fait la navette entre le micro-ondes des infirmières et mon brancard, ne parvient même plus à tenir le coussin dans les mains.
Je le revois, arrivant dans la chambre, faisant sauter le coussin d’une main à l’autre. Je lui arrache cette bouillotte improvisée hors des mains et me la colle dans le dos… Un supplice me permettant d’oublier la torture de mon pancréas!

Quelques heures plus tard, je rentrerai enfin dans cette phase qui me fait un bien fou, celle où comme un junkie, je plongerai quelques fois dans les hallucinations procurées par la morphine. Je m’endormirai, m’éveillerai dans une autre chambre, parlerai à des personnes inconnues, pour finalement me rendre compte que je suis toujours dans le couloir des urgences et que j’ai simplement divagué.

Le médecin penché au-dessus de moi me posera des questions sur mon état, ma voix est rauque, comme enrouée ou du moins je ne l’entends plus de la même manière. Je ne suis même plus apte à savoir si j’ai mal, je réfléchis un bref instant et me rend compte que la douleur est toujours là, présente mais en communion avec mes absences de l’esprit.

Je quitterai finalement la clinique le lendemain avec un accès VIP pour un prochain examen médical.
Depuis hier, la phrase écrite sur la prescription me fait froid dans le dos: “Objectif: Exclure un envahissement duodénal”!
Je me doute que ce n’est pas un machin très positif et je fais l’erreur fatale, je ‘Google’ cette phrase!
Je sais pourtant que c’est la dernière chose à faire et que cela n’apporte jamais aucun réconfort et vraiment rien de favorable, et je le fais, quel CON!!!

Encore plus effrayé, j’éprouve le besoin d’appeler mon médecin. Comme d’habitude, il fragmente notre conversation de longs silences, pèse les mots qu’il prononce et tente de me rassurer.

Ma forme et mon état étaient en nette amélioration.
L’historique et les statistiques du cancer font que dès que l’on se sent mieux, on se dit que c’est anormal ou passager et que cela ne va pas durer.
De mon côté, j’ai toujours tenté de me jouer de la théorie et de favoriser la pratique.

Dans un petit mois, ce sera le début du printemps, ma période préférée, celle où comme la nature, je ressens une réelle envie de revivre. J’ai plein de projets motivants et je n’ai vraiment pas envie qu’ils soient gâchés.
Persister dans cet élan positif dans lequel je me plais, pas si simple en se collant des patches de morphine dans le dos.

Mais je veux rester optimiste et empli de courage, j’ai trop de belles choses qui se préparent alors ce n’est pas maintenant que je vais me morfondre sur mon cas et laisser gagner du terrain au cancer.
Je sais que plus je le crains, plus il en profite pour se déployer.

Au fait, je supportais les Packers et ils ont remporté le Super Bowl... Bon, j’ai dégusté de douleur mais j’ai vu le match en direct finalement.
Comme quoi, j’y trouve toujours un petit côté pragmatique.

“Je crois que vous pouvez y aller, docteur”, résonne dans un brouhaha lointain et un bourdonnement d’oreilles.

Quoi!? J’ouvre aussi sec les yeux et fais un signe de la main.
L’assistante du médecin se trouve plantée devant moi, cet énorme tuyau à la main. Je ne peux m’exprimer à cause de cet embout en plastique que je dois maintenir entre les mâchoires.

“Ah non, il n’est pas encore endormi.
Respirez plus profondément, monsieur”, lance l’anesthésiste.

Je me concentre, trois ou quatre grandes respirations… Pas moyen de plonger dans le sommeil.
J’entends bouger les pieds de l’assistante et, à nouveau, ouvre les yeux tout grands en remuant les doigts.
En clair, cela signifie : “Je ne dors pas et ne t’avise pas de m’enfoncer cet engin dans la gorge!”

La dernière fois que je n’ai pas réussi à succomber à la narcose, c’était lors du placement de mon port-à-cath. Le médecin avait commencé l’intervention et je m’étais éveillé sous la brûlure de l’incision et le bruit de ce bistouri électrique: Un très très mauvais souvenir.
Bien que cette fois l’examen est moins dérangeant, quand on me promet une anesthésie, ce n’est pas pour que je sois à moitié éveillé!

“Respirez plus profondément encore monsieur, et gardez les yeux fermés”, répète l’anesthésiste.

Je me plonge dans mon paysage de collines, une belle route en lacets, style américaine, le Colorado peut-être, avec un beau bitume noir et une ligne jaune au milieu. Je me vois sur mon vélo, le visage dans le vent… Pouf, je ne me souviens plus de la suite, j’ai sombré.

Une bonne demi-heure auparavant, les médecins m’avaient accueilli dans une petite chambre privée.
J’avais commencé à remplir ce fastidieux formulaire d’antécédents cliniques, obligatoire avant chaque anesthésie.
Il y a quelques années, j’aurais accompli cette tâche avec une rapidité éclair. J’aurais biffé tous les ‘OUI’, laissant apparaître les ‘NON’ sur chaque ligne, aucun souci de santé, aucune opération subie, aucun médicament.
Malheureusement, c’est une autre paire de manches, je liste tous mes médicaments, ma chimio, mes interventions chirurgicales…
La première question me brise le coeur :

“Etes-vous en bonne santé?  OUI – NON”

Je n’ai pas le choix: NON.
Problème de santé ou affection actuel(s)? TNE du pancréas.

Je tends mon papier au médecin.

“Vous pouvez vous déshabiller, enfiler la blouse et garder votre pantalon.
– Ah bon, je garde mon jeans? (très étonné)
– Oui, sauf si cela vous dérange…
– Heuuuu, oui. Je ne suis pas super à l’aise couché avec mon jeans”, répondis-je au médecin.

Elle sourit: “Vous faites comme vous le souhaitez, si vous êtes plus à votre aise sans pantalon…
– Et bien, je ne suis pas exhibi mais tant qu’à être endormi de grand matin, je préfère profiter du sommeil et être relax.”

Je garde mon caleçon, mes chaussettes et revêts cette magnifique blouse fendue milieu du dos.

On poursuit avec les questions de routine, ensuite le médecin me demande mon poids et ma taille: “74 kilos pour 1 mètre 84″.

Peu de temps après, mon brancard prend la direction de la salle d’examen.
La semaine dernière, sous le constat de mon stress pour cette gastroscopie, mon gastro-entérologue avait suggéré une anesthésie. Trouvant ça un peu ‘nunuche’ de ma part, il avait rigolé: “Je vous promets, personne ne sera au courant, et je ne le dirai pas à vos copains, ha, ha, haa”

Personne au courant?!
Tu parles, il y a déjà 7 personnes dans cette petite salle!

Bref, pendant qu’on me met la perf’ dans la main, une jeune assistante s’approche de moi :

“Quel est votre poids et votre taille, monsieur?
-  74 kilos, 1 mètre 84″

On me branche des tuyaux, me colle des électrodes et m’explique le B.A.-ba de l’anesthésie. OK, je connais.
Un nouveau visage passe au-dessus de ma tête :

Vous mesurez et vous pesez combien, monsieur?
-Hein??… 74 et 1,84!!!!”

On me couche sur mon côté gauche, me couvre les jambes, je vois passer mon docteur que je salue. Les machines commencent leurs ‘bips’ et l’assistante gastro prépare le matos. Une autre anesthésiste s’approche de moi, ajuste l’élastique du masque et s’apprête à me poser l’embout que je dois maintenir entre les dents:

“Voilà, je vais vous placer l’emboût pour la gastroscopie. Vous devrez bien le maintenir. Ensuite vous respirerez calmement dans le masque. D’accord?
Vous pesez combien?”

Pas possible, c’est une carméra cachée?, je réponds:74!!!!!!“.
Ggrrrrrrhh. La suite vous la connaissez…

Mes douleurs, de plus en plus fréquentes ces dernières semaines, avaient justifié cet examen complet de mon système digestif.
Bien que mes radios démontrent une obstruction de la veine principale alimentant le foie, une anarchie de mes vaisseaux sanguins et un grossissement important de ma rate, cela ne justifiait pas spécialement mes crises.

Au final, j’étais anxieux qu’on me trouve, une fois encore, un truc grave et irrémédiable dans le bide.

Dès lors, la gastrite (infection de l’estomac) découverte ce matin me soulage l’esprit. Qui plus est, mon dernier Pet Scan est selon mon oncologue, ‘très bon’.
La maladie est stable, pas de nouveaux ganglions ou métastases et surtout, l’activité des cellules cancéreuses est en recul.

Je suis content et je peux m’atteler à mes nouveaux projets pour 2011!

J’ai tant souhaité entrevoir des étapes précises dans mes traitements.
La chimiothérapie et tous les soins secondaires dont je me suis entouré, ça aide fortement, mais cela ne me permet pas de voir la guérison finale.
Pouvoir se débarrasser physiquement des traces de la maladie, c’est du concret.

J’ose à peine l’écrire tant les dernières prévisions ont été bouleversées, mais bon, je me lance, allons-y:

Mon intervention chirurgicale au pancréas se fera le 31 mars.

Whouuu, ça fait du bien de l’annoncer!
Et oui, en plus, à un jour près, j’aurais dû supporter la pression d’un éventuel poisson d’avril.
Vous imaginez, se faire opérer un 1er avril?
Quoi que, j’aurais pu préparer une petite blague, bien pesante, pour les infirmiers des soins intensifs :

“Je ne sens plus mes jambes, je ne peux plus les bouger, mes bras non plus !
Qu’est ce qui m’arrive? Je suis paralysé.
Mais non je rigole, poisson d’avril.”

Ou alors :

“Faut que je me lève, j’entends les bombardements. On ne peut pas rester ici, il faut se réfugier.
Rassemblez les animaux, appelez le docteur House et Horacio Caine. Je veux leur parler tout de suite…
Mais non, je ne délire pas, je vous faisais une blague, c’est le 1er avril.”

Cette fois-ci, il ne devrait pas y avoir de raison d’annuler ou postposer la chirurgie.

Pour rappel, et pour ceux qui ont du mal à suivre, l’objectif est de retirer la tumeur et la tête du pancréas ainsi que les nombreux ganglions cancéreux qui se sont logés dans mon abdomen (Whipple du pancréas).

La date approche et le stress monte.

L’intervention, bien qu’importante, ne me fait pas peur. Finalement, je dormirai et le temps passera beaucoup plus vite pour moi que pour la famille ou les amis qui attendront des nouvelles.
Je crains la convalescence qui s’annoncera longue.
Et puis le retour de ces foutus tuyaux dans le nez.
Cette fois, impossible de négocier.  Je devrai les garder 15 jours.

“Attendez-vous à une intervention lourde et pénible.
Aussi bien physiquement que moralement”,
m’annonçait le médecin.

Evidemment, avec mes questions habituelles, je faisais déjà preuve d’impatience:

” Et au niveau du sport, je pourrai reprendre quand?
Vous pensez que je pourrai partir au Tour de France durant le mois de juillet?
Dites, les sondes gastriques, je vais les garder 2 semaines ou il y a un espoir de les enlever avant?
Je pourrai me lever après combien de jours?
Pour manger normalement, ça va se passer comment? … ”

Bref, je pense que j’avais donné tous les éléments au chirurgien pour bien cibler le bonhomme.

“Vous savez, je veux éviter que vous ne déprimiez durant votre séjour à la clinique, alors imaginez-vous que ce ne sera pas simple de retrouver la forme rapidement.
L’anesthésie est importante et la revalidation demande du temps”,
a relancé le médecin.

Je le sais.
C’est étrange ce sentiment de devoir subir cette épreuve importante pour guérir.
Mais c’est ma croyance : je dois en baver, me remettre en question et avoir un projet pour ma nouvelle vie.  Sans ça, je ne m’estime pas capable de guérir.
Aujourd’hui, j’ai rassemblé toutes ces ‘conditions’.
Cela fait un an et demi que ma vie est chamboulée par les traitements, douleurs, déceptions et joies de vivre. J’ai apprivoisé la maladie et appris à comprendre le fonctionnement de mon organisme.

Je sais qu’il me reste encore des étapes cruciales, et pénibles, mais j’ai la faculté de faire un trait sur les souffrances.
Je ne les oublie pas, elles sont encrées quelque part dans mon esprit et je peux me les remémorer. Cependant, elles ne me hantent pas comme des souvenirs atroces, elles représentent des frontières traversées, les accomplissements de mes exploits personnels.

Je suis impatient pour ce nouveau combat.
Je songe déjà à mon retour à la maison (probablement fin avril) aux couleurs qu’aura repris notre jardin, aux envies de m’installer au soleil, lire un magazine, écouter de la musique, aller à la mer, boire un jus de fruit, manger un bon saucisson artisanal, me promener en tee-shirt,… Et passer ma main sur cette nouvelle cicatrice, heureux d’avoir flanqué une nouvelle déconfiture à mon ennemi.

Il est l’heure de me lever, je garde les yeux ouverts, un long moment, en pensant à la semaine qui se profile :
Un plat de pâtes, un paquet de frites, un resto asiatique, une journée à la mer, un ciné, un peu de sport (si le corps le permet)… voici les premières envies auxquelles je songe.
Cette semaine se révèle un peu comme une dernière semaine de vacances, dont on déteste imaginer la fin.  Ces ultimes jours qu’on aime voir passer lentement et pour lesquels on prévoit des activités motivantes et diverses.

Ce midi, je suis installé à la table d’un resto, mon Mac sur les genoux et ma musique dans les oreilles. Isolé, parmi les bruits d’un lieu qui fourmille dans tous les sens. S’arrêter et prendre le temps de respirer, de se recentrer, encore un bon exemple de ce que la maladie m’a apporté. Un luxe simple et gratuit, que je dois juste prendre le temps de m’accorder et que j’ai si souvent délaissé.

Si tout se passe comme prévu, je serai sur la table d’opération le mercredi 03 février.
Bon, c’est rapide et j’avoue que, jeudi dernier, l’annonce de la date m’a un peu coupé les jambes.  Je m’attendais à un délai plus long, et nécessitant un peu plus d’organisation clinique.  Mais au final, à force d’ouvrir et parcourir mon dossier, les médecins et chirurgiens le connaissent assez bien.

Ma première cicatrice sur l’abdomen !
Comme une décoration, j’envie les moments futurs où je passerai mes doigts sur cette couture épidermique, souvenirs de moments douloureux, de combats, de sacrifices, de décisions importantes… Fièrement, je sais, déjà, que cette trace cutanée indélébile sera un synonyme de victoire.

Il y a 18 mois, au lendemain de mon diagnostic, je n’avais qu’un souhait : Qu’on m’arrache cette tumeur du pancréas.
Entre-temps, la maladie a évolué, elle m’a abattu, m’a désespéré, m’a obligé à faire face à des annonces effrayantes… Je me suis battu, j’ai continué à y croire, j’ai repris le dessus, et je suis encore là. L’éventualité chirurgicale, dont je me suis si souvent éloigné, est enfin une réalité.
Je suis heureux, impatient, motivé à bloc. Je mentirais en prétendant que je n’ai pas la trouille, mais j’ai, et ça tombe bien, la rage au ventre, une rage de victoire.
Cette intervention, j’ai du la conquérir, je la mérite.

J’aime imaginer le moment où l’on me posera le masque à oxygène sur le nez.  Comme pour mes précédentes anesthésies, je profiterai de cet instant pour me projeter dans le futur. M’évader à New York avec Jess et Emma, pédaler sur mon vélo en pleine forêt. Mes longues respirations me feront tourner la tête, celle-ci s’enfoncera dans le matelas du brancard, je serai artificiellement apaisé…
Je crains plus le réveil, la douleur envisageable et les malaises.  J’y travaille et évoque déjà les moyens d’édulcorer ces moments.

La semaine dernière, au réveil de ma cholangioscopie, semi comateux, je m’intriguais de l’ambiance de la salle de réveil.
De retour d’une colonoscopie, la dame à mes côtés ne cessait de gémir et d’articuler sa tête dans tous les sens.

« Réveillez-vous madame. IL FAUT VOUS REVEILLER », hurlait l’infirmière.
« Rhhââaa, ai mâââl.
- L’examen est terminé madame, il faut vous réveiller. Vous devez faire des gaz, vous avez beaucoup d’air dans l’abdomen ».

En clair, pétez, vous irez mieux !

Cet épisode est digne d’un sketch, se réveiller entouré de patients à qui on ordonne de flatuler…
Il est évident que chacun de mes passages à la clinique m’apporte, au moins, quelques notes humoristiques.

Sincèrement, pour me réveiller, j’aspire à une voie douce et rassurante.  J’aurai envie d’entendre me dire que l’opération est terminée, que je vais bien.

La convalescence m’effraie quelque peu, elle sera longue et pénible mais je sais que je pourrai compter sur mon entourage pour me soutenir. Je suis persuadé que nous avons, chacun, une force intérieure insoupçonnée, nous rendant capable de soulever des montagnes.

Depuis plusieurs semaines, lors de nos passages à Stockel, l’air froid hivernal a transporté les odeurs alléchantes de la friterie. Plus d’une fois, Emma et moi nous sommes regardés, enivrés par ces effluves de patates dorées et croustillantes qui me sont déconseillées.

Cette semaine, je me suis promis cet écart. Je me régale déjà de l’odeur de friture et du petit pot de sauce qui l’accompagnera.  Pour ma part, ce sera un paquet moyen, une fricadelle et de la sauce andalouse.

Après ça, je me mettrai sur les « starting-block », prêt à me lancer.

Un ami m’a dit : « tu es comme un oiseau qu’on libère de sa cage et qui ne sait que faire de ses ailes ». Belle image.

Je lui parlais de ce sentiment de bonheur dont je me sentais incapable de profiter pleinement. Une crainte de me réjouir profusément, la peur d’un diagnostic contradictoire et puis, surtout, cette accumulation de mauvaises annonces ces derniers mois qui m’avait fait perdre toute croyance en mes facteurs chance.

Contrairement à certains oiseaux remis en liberté, je ne compte pas retrouver le chemin de ma cage.  Je veux exploiter cette issue que j’ai gagnée, et continuer à croire, plus encore, en ma guérison.

La semaine passée a été très particulière, une sorte de fuite en avant:
« Et maintenant, je fais quoi… !! Un voyage, des vacances, une fête, du sport… ».

J’avais envie de tout en même temps sans réellement savoir ce qui me ferait le plus plaisir. Les bonnes nouvelles, après treize mois de lutte, elles ne font plus partie du quotidien.  Pour m’endormir, souvent, je m’imaginais des moments de ‘triomphe’ mais je ne m’y étais pas préparé réellement. Pourquoi d’ailleurs devrait-on se préparer à être heureux !?
C’est pourtant le cas, encore une découverte du statut de malade. Cette fameuse bonne nouvelle, elle vous prend également par surprise, il faut alors apprendre à exploiter le positif, à le garder comme une force.

J’ai ressenti un bonheur immense, je pouvais difficilement en parler tant l’émotion était grande, mais le diktat du cancer vous fait vite la morale.  Je me tracasse sur les suites prochaines : « Vais-je continuer cette chimio ? Combien de temps ? Comment va-t-on se procurer les substances ? Serai-je opéré ? Pourrai-je reprendre le travail ?… ».  Il m’a fallu du temps pour remettre de l’ordre dans cet enchevêtrement de sentiments.  Me retrouver seul, me poser, trouver des conclusions.

J’ai tellement pensé à tous ces malades, qui disposent de peu d’espoir.  Un étrange esprit de vengeance m’a accaparé, une envie d’aider d’autres souffrants.
Mercredi dernier, je me suis rendu à l’hôpital pour mes examens hebdomadaires.  A l’unité 42, je croise toujours d’autres malades qui viennent pour leur chimio.  Pour la première fois, j’avais envie d’entamer le dialogue, leur raconter mes expériences et mon petit bonheur du moment, espérer apporter de la confiance.

Il y a un an, j’ai vécu plusieurs jours avec ce pronostic vital terrifiant : ‘un cancer du pancréas équivaut en moyenne à 9 mois de survie’. J’apprendrai par la suite que ma tumeur est finalement atypique et me laisse un peu plus d’espoir pour m’embarquer dans des traitements.  Aujourd’hui, le souvenir de cette annonce ne m’effraie plus, il me donne, au regard du chemin parcouru, une dose de courage énorme.
J’aime, étrangement, me remémorer ces moments difficiles, les échecs des traitements, les douleurs surmontées et me satisfaire de mon état actuel en nette amélioration. Ces souvenirs terrifiants et négatifs deviennent l’engrais de ma force pour gagner ma survie.

Je viens de terminer mes 14 jours de chimio et ce début de semaine est malheureusement placé sous l’exténuation. La fatigue a fait son retour en force, je dors mal, je me réveille accablé et je me traîne toute la journée.  Avec cette lassitude, je dois me battre pour garder le moral, heureusement qu’il y a cet espoir du dernier diagnostic et cette nouvelle chimiothérapie.
Ce nouveau traitement, ce sont mes jeux olympiques, j’en suis fier, je suis un privilégié.
Je me sens comme un bâtisseur, un pionnier. Je suis heureux pour mon médecin et j’espère qu’il se vantera de cette première réussite, je songe à ce que mon cas pourrait apporter à d’autres cancéreux.

Je reste réaliste, il s’agit d’une petite victoire sur une longue compétition, cette maladie est insidieuse mais je remporte enfin un premier round.
J’estime disposer de tout ce qu’il me fallait pour enfin profiter des bonheurs quotidiens.
Se réjouir du présent sera ma devise et mon leitmotiv des prochaines semaines.
Oublier le futur, m’arrêter, respirer, admirer et apprécier ce que je vis, là, maintenant,… rien à cirer des 10 prochaines minutes !

Deux grandes nouvelles ce lundi :

J’ai mon nouveau Cannondale et j’ai mes comprimés pour démarrer ma nouvelle chimiothérapie.
Les deux seront testés dès demain.

Je suis passé à Saint Luc ce midi afin de récupérer le colis avec toutes mes gélules. Les nouvelles substances de chimio portent le doux nom de TEMODAL et XELODA.

Je ne m’étais pas rendu compte avant d’avoir toutes ces boîtes de médicaments sur les bras de l’énorme chance que j’avais de pouvoir me lancer dans cette nouvelle cure.
C’est réel, soudain je me suis senti léger et heureux d’être entre de bonnes mains à l’hôpital et d’avoir un médecin qui est en veille face aux nouveaux traitements.

Moi qui adore les Etats-Unis, me voilà comme un pionnier à tester une nouvelle cure made in US et seulement éprouvée sur 17 américains.
Waouw, alors même que les Nike et Converse sont devenues made in Taiwan!

Le programme est simple, 14 jours de cure, puis 14 jours de repos.  Le jour 29 on attaque une nouvelle période de 14 jours de médicaments et ainsi de suite.
Les dix premiers jours, j’ingurgiterai matin et soir le Xeloda.  A partir du onzième jour j’associe la prise de Xeloda à celle du Témodal.  L’un à jeun, l’autre 1/2 heure après le repas. Les effets secondaires sont assez classiques et j’aurai ma kyrielle d’anti-nauséeux et anti-vomitifs pour contrer les effets secondaires les plus néfastes.

>> Consultez le récapitulatif des effets secondaires éventuels

>> Mon diagnostic

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