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Dans mon esprit, je suis un sportif de haut niveau.
Tout est calculé!
Ma nourriture pauvre en sucres, mes légumes quotidiens, mes fruits, mes compléments alimentaires, mes gélules de chimio, mes anti-vomitifs…
Je connais le temps qu’il me faut pour ressentir les premiers effets secondaires de mes comprimés empoisonnés, je calcule l’heure idéale de prise de mes chimios pour pouvoir m’entrainer, rouler à vélo ou me rendre au bureau dans un état convenable. Je sais les repas qui ne me conviendront pas, j’anticipe et comprends la majorité des réactions de mon corps et mon évolution fait l’objet d’un suivi médical précieux et détaillé.
Bref un rouage complexe et rigoureux durant lequel je me plonge dans l’univers de ce sportif imaginaire conçu pour ne pas perdre pied et garder la motivation.
Attaquer mon traitement dans cet état d’esprit me plait et je peux mieux en assumer les contraintes.
Par contre il s’est avéré, à plusieurs reprises, que mon organisme me joue de mauvais tours.
Apportant inflammations hépatiques, douleurs pancréatiques, effets secondaires soudains, étranges et inconnus… Dans ces moments, difficile de garder la face et de trouver du soulagement dans un monde fictif.
La maladie refait surface et me met brutalement face à la réalité.
Quels qu’en soient les manifestations, les symptômes, je n’ai d’autre choix que de traverser cette période difficile en tentant d’épargner au maximum mes ressources.
C’est là toute la difficulté de vivre avec un traitement et combattre la maladie.
Ce sont dans ces moments que j’épuise mes forces mentales, que mon moral doit lutter pour être plus fort que l’abattement physique.
J’imagine facilement que ce sont dans ces périodes que l’on plonge, parfois, dans la dépression.
Le quotidien devient une épreuve, chaque événement inattendu prend une ampleur bien trop importante.
C’est avec cet état que je tente une cohabitation compliquée depuis plusieurs semaines.
D’abord extrêmement fatigué, ensuite atteint de douleurs musculaires et osseuses conséquentes, mon moral a fini par en prendre un sacré coup.
La reprise de mon travail, mon entrainement pour les Alpes, nos escapades familiales et les soirées entre amis me poussaient à garder la tête hors de l’eau.
“Tu en fais trop.
Repose-toi.
N’oublies pas que tu as des chimios…”
Beaucoup le pensent, d’autres me l’ont dit.
Oui, je sais!
Mais en faire trop, c’est me sentir vivant, maîtriser ce que mon corps doit subir, éviter les regrets.
Alors oui, je tente au maximum de mener ma vie comme si les traitements ne m’atteignaient pas.
Le contraire signifierait de rester à la maison, sans objectif, sans projet, me satisfaire de l’essentiel: être encore en vie.
Je n’ai jamais souhaité laisser une place aux statistiques effrayantes qui entourent ma maladie, je préfère de loin être le pauvre pourcentage qui reste actif, le gars qui va chez son médecin et qui lui dit :
“Je déguste de douleurs après le moindre effort ou après mes sorties vélo, faut faire quelque chose parce que je ne compte pas m’arrêter de rouler!”
C’est mon choix, c’est comme ça que j’ai le sentiment de mieux lutter contre le cancer.
Malgré tout ça, le système d’alertes internes que je me suis petit à petit élaboré, a retenti à plusieurs reprises. Mon esprit avait ces derniers temps souvent eu envie de défier mon corps.
Frustré de ne pas pouvoir répondre physiquement aux attentes, atteint moralement et démotivé, je me suis obligé à rester au repos.
Après bientôt 2 semaines de mise au vert forcée, je ne peux pas encore déclarer avoir retrouvé la grande forme.
Mes douleurs sont toujours présentes et probablement dues aux chimiothérapies. Ce poison semble attaquer mes muscles, mes nerfs, mes tendons, mes os… Rrrrrrrh, j’enrage!
Je termine ce soir ma cure de chimio et il me faudra certainement 2 ou 3 jours pour retrouver un peu d’énergie.
Je me console en suivant le début du Tour de France à la télé. Avachi dans le canapé, je n’ai rien manqué des étapes d’hier et aujourd’hui, le direct, les interviews, le résumé… Et SUR chaque chaîne!
Toute la famille en profite.
Je zappe entre France 2, RTBF et Eurosport. Dans 2 jours, Jess fait une overdose.
Ce soir, Emma rentre du jardin et me demande tout sérieusement :
“Gilbert a encore le maillot vert?”
Nom d’un chien, elle a suivi!
Je me retiens pour ne pas verser une larme d’émotion, demain je vais lui acheter un cuissard et un vélo de course.
Non, je rigole!
Je vais plutôt tenter de lui trouver une autre activité.
Imaginer son retour à l’école au mois de septembre.
“Et toi Emma, explique-nous ce que tu as fait pendant les congés.
- Au mois de juillet, on a regardé le Tour de France à la télé et en août on est parti quelques jours en vacances”
La honte, père indigne.
A peine le temps d’écrire ces quelques lignes, elle m’interpelle:
“Papa on fait quoi demain?
- Ben on regarde le Tour.
- Mais je commence déjà un peu à en avoir marre, il y a combien d’étapes en tout?
- 21 ma puce.
-Hein?! pffff…”
Ok, je n’en ferai pas une Jeannie Longo. Tant mieux, quelque part.
Bon, il me reste un peu moins de 2 semaines pour me retaper et tenter de trouver un dixième des capacités sportives de mon athlète imaginaire.
Mon départ dans les Alpes se rapproche et je convoite toujours de grimper les 21 lacets de l’Alpe d’Huez.
Allez hop, un petit résumé de l’étape sur Sporza et au lit.
Et ouais, le flamand c’est quand même la langue offcielle du cyclisme!
Bon, c’est clair, je vais devoir abandonner le port de la vareuse cycliste.
Ca ne le fait pas à Bruxelles !
Oublier également cette manie de saluer chaque mobilehome que je croise.
Ben oui, c’était la coutume mais j’ai repris le volant de ma citadine ; la pancarte jaune du Tour de France ainsi que la main verte PMU plaquées au pare-brise font vachement ringard.
Finis ces beaux paysages et ce temps arrêté, ne rien avoir à faire, seulement attendre le passage d’un peloton.
Ici, personne ne parle vélo. Alors que d’où je viens, quelque soit la nationalité du voisin, WE ARE FAN OF CYCLING.
Bref, le choc est dur.
D’autant que demain, nous partons une semaine à la côte, histoire de prendre du repos et de redémarrer ma chimiothérapie au bord de mer.
Imaginez le contraste :
Assister au spectacle le plus populaire, logé dans la montagne, un transistor collé à l’oreille, le journal « L’équipe » sous le bras, passer la journée à parler bécane et stratégie de course, et demain, je serai à Knokke.
Knokke le Zoute, station quelque peu huppée où seuls les vélos avec paniers en osier sont usités…
Je pense qu’il me faudra une ou deux journées d’acclimatation.
« Heu, Jess, il y aura la télé à la mer ?
Aaah cool !! ».
Je ferai une désintox en douceur en assistant aux étapes pyrénéennes devant le tube cathodique.
Cependant, ma petite famille m’a fort manquée. Je suis heureux de retrouver Jess et Emma et de pouvoir profiter d’une semaine complète en leur compagnie. D’autant plus qu’il s’agit d’une semaine particulière. Je reprends ma chimio et ensuite je devrai me plier au bilan complet, Pet Scan, IRM, prise de sang rendez-vous chez l’oncologue.
Aaah, cette nouvelle période de stress est de retour.
J’écris ma crainte, tentative de l’annihiler.
Qu’est ce que ça m’a fait mal de ne pas pouvoir grimper ces cols sur mon vélo.
Tous ces cyclistes qui passaient à mes côtés, exténués, en sueur… Je les trouvais arrogants.
Jaloux de ne pas pouvoir souffrir d’un mal plus loyal, d’une douleur physique qu’on s’impose, et de la fierté de l’exploit réalisé, je me suis promis de revenir, revenir pour grimper et descendre à vive allure.
Ce qui est certain, c’est que mon envie et ma motivation de guérir s’enrichissent de ces expériences et ces déceptions.
Si je ne suis pas capable de rouler l’an prochain, j’en aurai encore plus envie l’année suivante, et si ce n’est pas l’année suivante, je le postposerai encore un fois, toujours plus motivé.
Tiens, ne serait-ce pas ce que l’on appelle un rêve ?
Et j’y mettrai toute l’ambition de le décrocher.
Comme promis, mon petit montage vidéo complet sur la descente d’avoriaz :
Frustrés de ne pas avoir pu trouver une place dans l’ascension du Col de la Madeleine, nous avons, hier, quelque peu bouleversé le programme.
Plutôt que de nous rendre à Gap dans la ville d’arrivée, nous décidons de nous installer dans le dernier Col emprunté cette semaine par les coureurs.
Le hasard aura bien fait les choses.
Tout d’abord la route empruntée au volant de notre « habitation à roulettes» est magnifique. Nous atteignons le Col du Glandon pour redescendre vers les petits villages logés le long des départementales et emprunter l’itinéraire de course du lendemain.
Vers minuit, nous arrivons dans le col du Noyer, culminant à 1750 mètres d’altitude.
C’est incroyable ce qu’il fait noir dans la montagne !
A un kilomètre à peine du sommet, et après quelques manœuvres scabreuses dans l’obscurité absolue, nous stationnons l’engin de plus 7 mètres au milieu d’une prairie.
Contents d’être logés à un emplacement stratégique pour la course du lendemain, nous nourrissons quelques inquiétudes sur la capacité de ressortir notre mobilehome de cette pâture.
Bref, nous levons les yeux au ciel, et le spectacle offert par la voûte céleste est à couper le souffle.
Je n’ai jamais pu observer autant d’étoiles dans le ciel. En fixant cette voie lactée, j’ai l’impression de découvrir un spectacle imaginaire en trois dimensions.
Ce matin, au réveil, une odeur de gazon et de crottin envahit ma première respiration.
Je fais quelques pas à l’extérieur et, inconsciemment, réalise une figure de 360 degrés. Cet endroit est magnifique, une cuvette naturelle créée par les montagnes, des odeurs de prairie, des fleurs, du vent, un soleil radieux, des papillons turquoises…
La journée a été très chaude, plus de 35°, raison pour laquelle, sans doute, les coureurs ont grimpé à une cadence inférieure, nous permettant de mieux les encourager.

Les routes à peine réouvertes, direction Sisteron, pour assister au départ du lendemain. Etonnement, un parking nous accueille à moins de 500 mètres du départ de jeudi.
Bon dieu, que c’est étrange de se retrouver dans une ville.
Demain, jeudi, nous rentrons sur Bruxelles.
Longchamps, Haute Savoie.
Je n’ai qu’un accès limité au Wifi, alors je ne vous publierai qu’un avant-goût du montage vidéo que j’ai réalisé à Avoriaz.
J’avoue que cela me faisait un peu mal de ne pouvoir enfourcher mon vélo pour grimper ce magnifique Col.
Je l’ai donc descendu !
Les sensations étaient au rendez-vous, un pur plaisir, ça décoiffe et ça fait un bien fou.
Dès mon retour en Belgique, je promets de vous offrir l’entièreté de mon petit reportage.
Mais où sommes-nous, me direz vous?
Et bien, dans une petite station, située dans la descente du Col de la Madeleine.
Les coureurs passeront devant nous cet après-midi, et vu la vitesse qu’ils atteignent sur ces pentes, cela risque d’être impressionnant.
En résumé, je dirais que le Tour de France reste une magnifique fête du sport.
Je suis impressionné par le nombre de nationalités différentes que nous avons l’occasion de croiser. des Anglais, des Américains, des Tchèques, des Canadiens, des Australiens, des Ukrainiens, des Norvégiens… Et bien entendu, les bruyants Italiens et plus discrets Hollandais, depuis la finale de dimanche.
Certains en mobilehome, comme nous, d’autres sous tente ; et certains, comme ces Américains du Colorado, dorment dans leur voiture.
L’objectif de chacun, avoir la meilleure place au passage des coureurs.
Bon, la baguette et le saucisson m’attendent à la roulotte …
A bientôt
Voilà, c’est fait… J’ai profité de ma dernière douche chaude!
Pas que je ne vais plus me laver pendant une semaine, mais malgré la petite salle de douche équipée, le mini bulex et les panneaux solaires, voyager en mobilehome reste une forme de camping et demande une consommation d’eau parcimonieuse.
On prend possession de la “roulotte” à 13h, le temps de charger tout le matos, et hop… Direction Avoriaz.
Au programme de la semaine, Etape 8 du Tour à Morzine – Avoriaz, ensuite Saint-Jean de Maurienne et le Col de la Madelaine, Gap et Sisteron.
On va user du bitume!
Hier soir, avant de m’endormir, le stress du départ faisait son apparition. Rien à voir avec le fait d’oublier sa brosse à dent, de faire face à une panne ou autre ennui technique.
C’est plutôt la crainte d’une crise. Je viens de terminer ma chimio et je me sens fort fatigué, chaque jour des petites douleurs font leur apparition. Je dors mal, et mon activité quotidienne me met, certains soirs, sur les rotules.
Marcher en montagne, la chaleur, la difficulté de respecter mon régime alimentaire… Je souhaite pouvoir tenir le coup.
Je me retourne quelques fois sur l’oreiller, je songe aux médicaments que je ne peux pas oublier.
Antidouleurs avec force de frappe variée, anti-vomitif, digestifs, poches glacées pour douleurs ou contractures… je quitterai la Belgique avec une pharmacie complète et mon dossier médical sous le bras.
Soudain, je revis les derniers mois écoulés, mes interventions chirurgicales, mes crises, mes hospitalisations, et mes déceptions… Et dire que j’avais pris le risque de réserver ce camping-car avant toutes ces épreuves !
Partir était une vraie loterie. Mais dans quelques heures je PARS!
Quelle chance finalement ; pendant des années, devant ma télé, je me disais : “Waouw, ça doit être chouette de suivre les coureurs dans un col alpin”.
Comme un gosse, j’attendrai impatiemment en bord de montagne que le calme de la nature laisse la place aux klaxons des voitures d’équipe, aux bruits des braquets et je profiterai de la souffrance de sportifs en plein effort pour me mettre des souvenirs plein la tête.
C’est un truc que vous ne pouvez pas comprendre ?
Normal.
Pas plus tard que lundi, lors du départ du Tour à Bruxelles, le peloton nous a frôlé, Jess et moi.
“C’est génial hein ? Tu ne trouves pas ça unique, cette ambiance ?”
Jess: “Heu, bof, non”
“Rrrhoooo, moi j’en ai des frissons!”
Voilà comment je compte jouer un mauvais Tour à la maladie.
Ce qui est pris, RIEN ne peut me l’enlever.
L’objectif de mon blog n’est pas exclusivement réservé à l’annonce de mes bilans, des suites du traitement où à mes humeurs dans les moins bons moments. Je souhaite aussi montrer que malgré la maladie et les traitements, je tente de garder une vie des plus normale et surtout de profiter de chaque instant.
Petit clin d’oeil vidéo dès lors, en cette matinée d’automne, et inauguration d’un ‘pied photo‘ multiusage offert par mon beau-frère pour mon annif.
Le climat indécis de ce jour férié ne m’a pas découragé à enfourcher ma bécane en vue d’une petite sortie, la plus sportive possible.
Aaaah, mes jambes… Partie de mon corps qui, mis à part les organes internes et la condition générale, a le plus souffert ces 12 derniers mois. Plus de puissance, aucune résistance à l’effort et des muscles qui ont fondu par manque d’exercice. Fin septembre, je me suis décidé à retravailler tout ça. Petites séances de fitness, exercices à la maison… Je n’ai, bien entendu, pas eu le courage tous les jours mais je tente de m’y tenir.
L’idéal serait de pouvoir reprendre un peu de course à pieds, mais cet effort physique particulier m’inflige encore des étourdissements et la nausée.
Etrange mais le vélo reste ma discipline favorite, une sorte d’exutoire physique qui me fait souffrir et m’offre en même temps un bonheur intense.
Je roule souvent seul et m’amuse de petits jeux qui font oublier l’effort ou du moins le rendent plus aisé.
En côte, les maisons ou prairies des bords de route prennent l’allure de montagnes et de dévers profonds, je ne suis plus dans le Brabant mais en pleine ascension d’un col des Alpes. Ce matin, sur les routes humides de campagne, je défiais les véhicules motorisés : les voitures prenaient la forme de ‘saloperies’ de tumeurs cancéreuses. Je les rattrape, profite d’un virage, un ralentissement et hop, je touche la carrosserie de ma main. Hé hé, j’ai eu sa peau.
Pas très malin mais vraiment amusant!
Plus sérieusement, comme disait Lance Armstrong : “Asseyez-vous 3 heures, seul sur une chaise, sans bouger, sans parler, sans regarder la télévision. Vous êtes seul avec vos pensées, vos émotions, vos souvenirs. C’est ça le vélo, c’est ma thérapie.”
Je me retrouve parfaitement dans cette citation.











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