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L’objectif de mon blog n’est pas exclusivement réservé à l’annonce de mes bilans, des suites du traitement où à mes humeurs dans les moins bons moments. Je souhaite aussi montrer que malgré la maladie et les traitements, je tente de garder une vie des plus normale et surtout de profiter de chaque instant.

Petit clin d’oeil vidéo dès lors, en cette matinée d’automne, et inauguration d’un ‘pied photo‘ multiusage offert par mon beau-frère pour mon annif.

Le climat indécis de ce jour férié ne m’a pas découragé à enfourcher ma bécane en vue d’une petite sortie, la plus sportive possible.
Aaaah, mes jambes… Partie de mon corps qui, mis à part les organes internes et la condition générale, a le plus souffert ces 12 derniers mois.  Plus de puissance, aucune résistance à l’effort et des muscles qui ont fondu par manque d’exercice. Fin septembre, je me suis décidé à retravailler tout ça.  Petites séances de fitness, exercices à la maison… Je n’ai, bien entendu, pas eu le courage tous les jours mais je tente de m’y tenir.
L’idéal serait de pouvoir reprendre un peu de course à pieds, mais cet effort physique particulier m’inflige encore des étourdissements et la nausée.
Etrange mais le vélo reste ma discipline favorite, une sorte d’exutoire physique qui me fait souffrir et m’offre en même temps un bonheur intense.
Je roule souvent seul et m’amuse de petits jeux qui font oublier l’effort ou du moins le rendent plus aisé.
En côte, les maisons ou prairies des bords de route prennent l’allure de montagnes et de dévers profonds, je ne suis plus dans le Brabant mais en pleine ascension d’un col des Alpes.  Ce matin, sur les routes humides de campagne, je défiais les véhicules motorisés : les voitures prenaient la forme de ’saloperies’ de tumeurs cancéreuses.  Je les rattrape, profite d’un virage, un ralentissement et hop, je touche la carrosserie de ma main. Hé hé, j’ai eu sa peau.
Pas très malin mais vraiment amusant!

Plus sérieusement, comme disait Lance Armstrong : « Asseyez-vous 3 heures, seul sur une chaise, sans bouger, sans parler, sans regarder la télévision. Vous êtes seul avec vos pensées, vos émotions, vos souvenirs. C’est ça le vélo, c’est ma thérapie. »
Je me retrouve parfaitement dans cette citation.

Sainte Maxime, 17h15.

Il est de ces livres que l’on n’a pas envie de terminer, que l’on prend son temps de lire.
Ce fut le cas pour l’ouvrage de Laurent Fignon que je viens de refermer.
J’ai pris le temps nécessaire pour le savourer, d’abord parce que la lecture me fatigue encore très vite, ensuite parce que ce témoignage m’évadait dans la vie d’un grand champion et dans les coulisses du monde du cyclisme.
J’ai pris tellement de plaisir à parcourir le récit de cette époque que j’ai fait une pause d’une semaine dans ma lecture afin de pouvoir l’achever, ici, au bord de la piscine à Sainte Maxime.

Le raccourci serait aisé, Fignon vient de révéler son cancer des voies digestives et rien que pour cette raison, je pourrais soudainement m’intéresser à sa vie passée de cycliste.
Pourtant ce coureur, j’ai surtout appris à l’apprécier dans son rôle de consultant.  Passionné, franc, réactif, drôle mais aussi fin analyste des tactiques, Fignon avait même réussi ces dernières années à me faire zapper les retransmissions belges du Tour de France pour suivre la course sur France Télévisions.

De passage chez RTL pour la présentation de son bouquin, des collègues fort bien attentionnés ont eu la fabuleuse idée de lui demander une dédicace à mon attention.

« Amical souvenir et bon courage, il ne faut jamais rien lâcher ! Laurent Fignon »

Waouh, j’ose avouer que la lecture de ces mots m’avait envahi d’un frisson d’émotion.fignonlaurent
L’intelligence et la hargne de ce grand sportif, livré malheureusement au même combat que le mien, me donne du courage.
J’aime imaginer, comme un gosse, que nous courrons dorénavant dans la même équipe.  La chasse aux métastases, les examens médicaux, la douleur, les malaises font notre quotidien commun.  Il est mon compagnon imaginaire d’échappée, je suis son ‘gregario’, fidèle porteur de bidons qui ne manque pas une leçon pour apprendre comment lutter et souffrir pour gagner…  Ce scénario chimérique m’amuse dans les moments difficiles !

Je n’ai pas pu m’empêcher d’analyser avec étonnement les lignes de son livre, écrit bien avant son diagnostic.

De nombreuses citations et récits me marquent l’esprit, preuve une fois de plus que mon combat pour la vie peut être assimilé à un exploit sportif.  La hargne de cet athlète solitaire, sa rage de victoire, de revanche et de fierté enracinées au plus profond de son être ne peuvent qu’être porteur d’espoir et d’exemple à suivre dans une bagarre contre la maladie.
C’est en tout cas ce que m’apporte ce témoignage.

« La passion est toujours supérieure au pessimisme » écrit Laurent Fignon dans le dernier chapitre de son livre.
J’ai toujours pris mon combat comme un énorme défi, je suis passionné par la vie que j’ai à gagner et j’y crois toujours autant.

« Nous étions jeunes et insouciants », Laurent Fignon, Editions Grasset

Depuis la fin de ma chimiothérapie précédente, j’ai tout doucement repris mes sorties à vélo.
Autant je suis heureux de me sentir capable moralement et physiquement de remonter sur mon vélo, autant à la moindre côte je maudis ce sport pour la dureté des efforts qu’il nécessite.
Mélange de bonheur et de regrets de souffrir autant sur une bécane.
Mais il n’y a pas photo, en haut de la côte, aussi pénible que ça puisse être, je me retourne sur le bitume parcouru avec une joie intense.

Je me souviendrai de ce dimanche pluvieux de juin, première sortie à vélo depuis près d’un an. Accompagné de mon père, je franchis le plus lentement du monde la côte du cimetière de Hoeilaart, accroché à mon guidon, les jambes explosées et le souffle coupé, j’ai les larmes aux yeux.  C’est con mais cet effort physique, je me suis battu pendant 9 mois pour espérer pouvoir le reproduire!
J’y suis, je suis fier de moi.

J’ai tellement le sentiment que ce sport me permet de lutter contre le cancer.  Aussi bien physiquement que mentalement. Parfois j’imagine que chaque coup de pédale fait du mal à ce crabe qui s’est permis de grandir en moi.  Chaque tour de pédalier est une victoire sur la maladie, un moment que j’aime, qui me fait mal mais que le cancer n’a pas pu m’enlever.

Le cyclisme me semble représenter parfaitement la lutte contre cette maladie, il faut être tenace, savoir faire l’effort en solitaire… Un peu comme face à la chimiothérapie.
Et puis sur mon vélo, je suis seul avec mes pensées et rarement elles se permettent d’être négatives.  Je suis dans l’effort, j’avance au plus vite que je peux, dans ces moments-là jamais je ne peux envisager autre chose qu’une victoire.

Cet après-midi j’ai roulé seul et sous le soleil. A mon retour je jette un oeil sur mon compteur : 40 km à 25km/h de moyenne.  Avec ce que j’ingurgite chaque jour (ma chimiothérapie) c’est un véritable exploit personnel.  Je descends de mon vélo, mon corps entier tremble, mon crâne est bouillant.
C’était peut-être inconscient mais cet épuisement physique, cette fois il me fait du bien au moral.

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