Archive de Tag pour ‘chimiothérapie’.
Maintenir mon calendrier à jour, gérer le stock de médicaments, tenir compte des horaires de prises de substances, examens sanguins, ordonnances, effets secondaires, visites à la clinique… Je n’avais pas mesuré entièrement le soulagement que représentait l’arrêt du traitement ces sept derniers mois!
Je vivais sans me soucier des aléas de la chimiothérapie, si je me programmais une activité à 9h, pas besoin de calculer le temps nécessaire à la prise de la chimio, à la digestion, au temps imparti aux nausées et autres effets indésirables.
La vie RELAX quoi!
Bien plus que la reprise de la chimio, la gestion quotidienne de la douleur me mine le moral.
Je me goinfre d’anti-douleurs en tous genres, mon estomac ne les supporte plus et je me balade à nouveau avec des patchs de morphine sur l’omoplate.
J’ai le sentiment d’avoir fait trois pas en avant et de revenir cinq pas en arrière en l’espace de 2 mois.
C’est plus fort que moi mais je me réfère constamment a ce graphique imaginaire que représentait ma courbe de progression.
Où en étais-je l’an dernier, à la même époque?
Quels étaient mes symptômes?
Comment était ma condition physique?
…
Il y a un an, je faisais mon retour au bureau, je m’apprêtais à partir en séminaire à Prague, je reprenais ma saison vélo et mes sorties marquaient déjà entre 60 et 80 km au compteur de mon Cannondale.
La comparaison me fait mal!
Je me sens épuisé, la morphine me met dans cet état second que je déteste.
Travailler est devenu exténuant, la concentration et fatigue intellectuelle m’assomment.
Je ne me rends plus au bureau et mes 2 jours semaines se répartissent dorénavant sur des heures de travail éparses, entrecoupées de moments de repos.
Je n’ai pas envie de baisser les bras, je sers les dents car abandonner pour reprendre tout à zéro dans quelques mois serait pire.
Alors, je me trouve des échappatoires essentiels et je me remets à travailler avec mes outils thérapeutiques personnalisés.
Je continue à monter à cheval, je vis au ralenti, m’entoure de petits bonheurs et m’éveille de petites joies.
Je songe à l’arrivée du printemps et je me rends compte, à nouveau, que ces périodes difficiles facilitent toujours l’émerveillement et le retour aux plaisirs simples.
Je me programme de nouveaux objectifs et constate que ma maladie, ce fichu cancer, ouvre les portes de l’ambition, des envies et abolit les gendarmes intérieurs qui ont souvent raison de nos projets les plus fous!
De ce fait, il y a quelques semaines, nous avons pris la décision de nous lancer dans l’adoption.
Les documents sont finalisés, nous voici en bonne voie pour accueillir bientôt un nouvel hôte au sein de notre famille.
Il sera ESPAGNOL!
Teint basané, poilu, environ 75 cm au garrot, vif, rapide, saillant comme un athlète, affectueux, reconnaissant, les yeux bruns et le regard craquant.
Notre lévrier est un galgo espagnol originaire du sud de l’Espagne.
Maltraité, abandonné et ensuite recueilli par un refuge à Pedro Munoz, il fera bientôt le voyage pour nous rejoindre.
Depuis longtemps, les filles me vantaient la beauté de cette race de chien: Lévrier écossais, Saluki, etc…
J’avais petit à petit découvert les récits de ces chiens, une des plus vieilles races au monde.
D’un chien trop maigre, discret, sensible et avec peu d’intérêt, j’ai changé d’avis au fil des lectures et des caractéristiques de son comportement.
Finalement, je me suis pris de passion pour leurs compétences physiques, leur corps athlétique et fuselé, profilé comme un avion de chasse, taillé pour fendre le vent, leur résistance et leur mental à toute épreuve.
D’un animal disgracieux, il m’est devenu attrayant, noble et robuste.
Etrange mais je lui ai reconnu des traits de caractère et physiques que j’aurais aimé avoir.
Il est le triathlète que j’aurais sans doute souhaité être, le coureur de fond résistant et endurant, le charmeur au caractère déterminé pouvant se déplacer en harmonie parfaite avec une démarche de séducteur.
Je lui retrouve le physique sec du cycliste, l’ardeur et l’oeil vif du cheval.
Lorsque l’on m’a conté les malheurs des galgos espagnols, et le destin tragique auquel il sont menés, j’ai d’abord hésité à en parler à la maison.
Quelque part au fond de moi, je me doutais de la réaction de Jess et Emma.
Je savais que j’allais devoir subir un week-end chargé en insistances diverses:
“C’est horrible, il faut qu’on en sauve un,
Ces chiens méritent une famille,
Ils sont magnifiques,
Quelle torture!,
Ca ne te fait pas mal au coeur?
Et alors 2 chiens, ce n’est pas la fin du monde…
Mais oui, il s’entendra avec le chat,
Ce serait une bonne action,
On ne peut pas rester impuissants,
…”
Cette phrase de Jess m’est restée à l’esprit: “être impuissant!”
Je me suis souvenu, il y a quelques années, de l’impuissance que je ressentais lorsqu’elle souffrait des vertèbres et ne pouvait plus bouger du divan durant presque 2 mois.
Je redoutais mon retour à la maison. Je lisais sa mauvaise journée de douleurs dans son regard et je me sentais… Inutile, impuissant!
Je comprends trop bien ce sentiment que les filles doivent vivre au quotidien, me voyant sans sommeil, vautré dans le canapé, attendant que la douleur se dissipe, dans le meilleur des cas, ou me tordant de mal quand mon pancréas se révolte.
Je ne dirais pas que j’ai craqué et exprimé mon accord.
J’ai plutôt adhéré à cette idée!
Je me vois assez bien, accompagné de cet animal, l’entraîner, le muscler, lui redonner ses qualités de sportif de haut niveau, faire de lui ce que je ne peux plus être!
Waouw, je suis déjà excité de lui concocter son programme d’entraînement!
Et puis surtout, nous allons nous sentir utiles, venir en aide, à notre niveau, à notre souhait, à un être vivant.
C’est une bonne action qui devrait nous faire du bien, qui nous sera thérapeutique.
Allez gamin… Au pied, viens ici… ICI, assis, j’ai dit AAAssis…
Merde, il ne comprend pas le français ce chien!
Vous pouvez parcourir le site de l’ association “Amour de Galgos” et si vous avez le coeur bien accroché, découvrir les atrocités subies par ces animaux :
!! Attention, images susceptibles de heurter les personnes sensibles!!
Dans mon esprit, je suis un sportif de haut niveau.
Tout est calculé!
Ma nourriture pauvre en sucres, mes légumes quotidiens, mes fruits, mes compléments alimentaires, mes gélules de chimio, mes anti-vomitifs…
Je connais le temps qu’il me faut pour ressentir les premiers effets secondaires de mes comprimés empoisonnés, je calcule l’heure idéale de prise de mes chimios pour pouvoir m’entrainer, rouler à vélo ou me rendre au bureau dans un état convenable. Je sais les repas qui ne me conviendront pas, j’anticipe et comprends la majorité des réactions de mon corps et mon évolution fait l’objet d’un suivi médical précieux et détaillé.
Bref un rouage complexe et rigoureux durant lequel je me plonge dans l’univers de ce sportif imaginaire conçu pour ne pas perdre pied et garder la motivation.
Attaquer mon traitement dans cet état d’esprit me plait et je peux mieux en assumer les contraintes.
Par contre il s’est avéré, à plusieurs reprises, que mon organisme me joue de mauvais tours.
Apportant inflammations hépatiques, douleurs pancréatiques, effets secondaires soudains, étranges et inconnus… Dans ces moments, difficile de garder la face et de trouver du soulagement dans un monde fictif.
La maladie refait surface et me met brutalement face à la réalité.
Quels qu’en soient les manifestations, les symptômes, je n’ai d’autre choix que de traverser cette période difficile en tentant d’épargner au maximum mes ressources.
C’est là toute la difficulté de vivre avec un traitement et combattre la maladie.
Ce sont dans ces moments que j’épuise mes forces mentales, que mon moral doit lutter pour être plus fort que l’abattement physique.
J’imagine facilement que ce sont dans ces périodes que l’on plonge, parfois, dans la dépression.
Le quotidien devient une épreuve, chaque événement inattendu prend une ampleur bien trop importante.
C’est avec cet état que je tente une cohabitation compliquée depuis plusieurs semaines.
D’abord extrêmement fatigué, ensuite atteint de douleurs musculaires et osseuses conséquentes, mon moral a fini par en prendre un sacré coup.
La reprise de mon travail, mon entrainement pour les Alpes, nos escapades familiales et les soirées entre amis me poussaient à garder la tête hors de l’eau.
“Tu en fais trop.
Repose-toi.
N’oublies pas que tu as des chimios…”
Beaucoup le pensent, d’autres me l’ont dit.
Oui, je sais!
Mais en faire trop, c’est me sentir vivant, maîtriser ce que mon corps doit subir, éviter les regrets.
Alors oui, je tente au maximum de mener ma vie comme si les traitements ne m’atteignaient pas.
Le contraire signifierait de rester à la maison, sans objectif, sans projet, me satisfaire de l’essentiel: être encore en vie.
Je n’ai jamais souhaité laisser une place aux statistiques effrayantes qui entourent ma maladie, je préfère de loin être le pauvre pourcentage qui reste actif, le gars qui va chez son médecin et qui lui dit :
“Je déguste de douleurs après le moindre effort ou après mes sorties vélo, faut faire quelque chose parce que je ne compte pas m’arrêter de rouler!”
C’est mon choix, c’est comme ça que j’ai le sentiment de mieux lutter contre le cancer.
Malgré tout ça, le système d’alertes internes que je me suis petit à petit élaboré, a retenti à plusieurs reprises. Mon esprit avait ces derniers temps souvent eu envie de défier mon corps.
Frustré de ne pas pouvoir répondre physiquement aux attentes, atteint moralement et démotivé, je me suis obligé à rester au repos.
Après bientôt 2 semaines de mise au vert forcée, je ne peux pas encore déclarer avoir retrouvé la grande forme.
Mes douleurs sont toujours présentes et probablement dues aux chimiothérapies. Ce poison semble attaquer mes muscles, mes nerfs, mes tendons, mes os… Rrrrrrrh, j’enrage!
Je termine ce soir ma cure de chimio et il me faudra certainement 2 ou 3 jours pour retrouver un peu d’énergie.
Je me console en suivant le début du Tour de France à la télé. Avachi dans le canapé, je n’ai rien manqué des étapes d’hier et aujourd’hui, le direct, les interviews, le résumé… Et SUR chaque chaîne!
Toute la famille en profite.
Je zappe entre France 2, RTBF et Eurosport. Dans 2 jours, Jess fait une overdose.
Ce soir, Emma rentre du jardin et me demande tout sérieusement :
“Gilbert a encore le maillot vert?”
Nom d’un chien, elle a suivi!
Je me retiens pour ne pas verser une larme d’émotion, demain je vais lui acheter un cuissard et un vélo de course.
Non, je rigole!
Je vais plutôt tenter de lui trouver une autre activité.
Imaginer son retour à l’école au mois de septembre.
“Et toi Emma, explique-nous ce que tu as fait pendant les congés.
- Au mois de juillet, on a regardé le Tour de France à la télé et en août on est parti quelques jours en vacances”
La honte, père indigne.
A peine le temps d’écrire ces quelques lignes, elle m’interpelle:
“Papa on fait quoi demain?
- Ben on regarde le Tour.
- Mais je commence déjà un peu à en avoir marre, il y a combien d’étapes en tout?
- 21 ma puce.
-Hein?! pffff…”
Ok, je n’en ferai pas une Jeannie Longo. Tant mieux, quelque part.
Bon, il me reste un peu moins de 2 semaines pour me retaper et tenter de trouver un dixième des capacités sportives de mon athlète imaginaire.
Mon départ dans les Alpes se rapproche et je convoite toujours de grimper les 21 lacets de l’Alpe d’Huez.
Allez hop, un petit résumé de l’étape sur Sporza et au lit.
Et ouais, le flamand c’est quand même la langue offcielle du cyclisme!
Hier je parcourais, une fois encore, les couloirs de la clinique.
Tout en marchant, je songeais à cette date qui approche. Dans quelques jours, mon diagnostic aura deux ans.
Je me suis souvenu de la difficulté d’affronter ce premier anniversaire l’an dernier.
A l’inverse, hier matin, je me sentais plutôt fier. Je quittais l’infirmière qui venait d’exécuter mes prélèvements sanguins, étonnée par la prescription, elle m’a demandé si les résultats étaient bien destinés à l’unité de cancérologie.
“Oui, c’est mon bilan hebdomadaire. J’suis en chimiothérapie.
Ah bon, vous avez l’air en forme? Ca se passe bien?”
Je cache ma fatigue du jour, je souris : “Ouais, je suis en forme!”
C’est étrange. Loin de moi l’idée de fierté d’être en chimio, mais je retire une certaine satisfaction lors de cette annonce.
Comme si le fait d’étonner mon interlocuteur était une victoire.
Alors, la démarche triomphante, je rejoins les ascenseurs. Parmi tous ces médecins en blouses blanches, témoins des adversités, arbitres de ces combats souvent compliqués et déloyaux, je relève les épaules :
“hé les gars, vous ne sentez rien?
Ca sent la victoire ici! Je rêve ou c’est moi?…”
Les portes s’ouvrent, c’est mon étage, un rictus sur le visage je me fais une place vers la sortie.
Je crois qu’il n’ont rien senti mais se demandent plutôt pourquoi ce gars rit tout seul!
Les derniers jours ont été chahutés. Pleins de petits embarras du quotidien, une fuite d’eau dans la maison, un frigo tué dans la fleur de l’âge, une voiture sur le point d’être embarquée par la police… Une suite étrange d’ennuis qui m’ont pollué le quotidien.
Mais demain, je fais un trait sur tout ça!
Toute la petite famille embarque pour le Sud de la France.
Au programme de la journée, une longue route vers le soleil.
Souvenirs d’enfance, j’en déduis, j’adore ce road trip.
N’en déplaise à Jess également, mon côté prolo se réjouit déjà.
Comme un Hollandais, j’adore stationner mon véhicule à 2 mètres d’un banc en pierre, déballer mes sandwiches, mes boulettes et mes oeufs durs.
C’est con hein, mais d’années en années, je me souviens toujours des aires d’autoroute où l’on s’est reposé le temps d’avaler du saucisson.
Finalement, je ne suis pas si compliqué.
Bien que j’adore l’ambiance des aéroports, les longs vols, les villes inconnues et le dépaysement, je trouve un plaisir à refaire cette même route en famille.
Comme l’an dernier à la même époque, mon dossier médical sous le bras, je prendrai ma chimio à Sainte Maxime. Trop classe, pour un aficionado des parkings d’autoroutes.
Ah oui, au cas où… Inutile de venir dévaliser la maison, elle est sous haute surveillance, nous avons un vigile à temps plein qui occupe les lieux.
Bien, un petit résumé des derniers mois s’impose.
Juillet 2009, après 6 mois d’une première chimiothérapie assez éprouvante et dont les résultats ne sont pas au rendez-vous, j’entame un nouveau traitement.
2 substances de chimio associées rythment désormais mon quotidien. 14 jours de chimiothérapie, puis 14 jours de repos. Plus de clinique cette fois, il s’agit d’une chimio par voie orale, prise à la maison, et de contrôles sanguins hebdomadaires.
Mars 2010, après 6 mois de stabilisation de la maladie, le moment est venu d’être plus agressif et tenter une abalation de la tête du pancréas (whipple).
Le réveil est pénible.
J’ouvre un oeil vaseux et me rends rapidemment compte que je suis en salle de réveil classique et non aux soins intensifs. J’entends les paroles d’une infirmière, destinées à un autre patient :
“Non madame, tout va bien, il est 12h30″.
Rien ne va plus pour moi!
Ces mots me font sortir, instantanément, de mon état léthargique.
Je n’aurais pas dû me réveiller avant le début de soirée, il y a un problème!
J’implore l’anesthésiste de me dire ce qui c’est passé.
“Le chirurgien vous expliquera, une fois de retour dans votre chambre”
L’attente sera longue, près de 2 heures, avant de retrouver Jess, en pleurs, dans la chambre 561 de Saint Luc.
Je songe au SMS envoyé le matin même à Emma avant de rentrer en salle d’op:
” Gros bisous ma puce. Je combats ce cancer et je reviens. Bonne journée, je t’aime fort. Papa est bientôt de retour Rhaaaaa”.
J’ai échoué, que vais-je lui dire! Tristesse immense.
L’intervention chirurgicale est un échec. Invisible sur les IRM et Pet Scans, les chirurgiens constatent que la tumeur est accrochée aux tissus veineux et artères d’autres organes. La nouvelle tombe comme un couperet.
Malgré ce long combat et tant d’espoir, je suis inopérable.
On me referme l’abdomen. 30 centimètres de cicatrice, le rappel indélébile de cette défaite.
La chute sera profonde, violente, j’ai le sentiment que je suis fini.
Je me relève pourtant, grâce à mon entourage, les encouragements de mes proches, la famille, les amis, les collègues.
Mai 2010.
Cette semaine, j’ai rencontré mon médecin.
Sur la route de la clinique, mes jambes deviennent molles comme du coton, ma bouche pâteuse et mon pancréas me lance, soudainement, des pointes douloureuses dans le ventre et le dos.
Je souris, rieur de la façon dont je suis capable de somatiser le stress.
Anxieux, je le suis, mais moins que d’habitude. Ma journée n’a pas été entachée par ce rendez-vous. Loin d’être confiant, je m’attends plutôt à une mauvaise nouvelle, en phase avec l’intervention chirurgicale.
Grosseur de la tumeur, nouvelles métastases, j’espère juste ne pas être atteint dans un autre organe.
L’attente devant le cabinet est longue, je suis le dernier patient et absorbe le retard accumulé toute l’après-midi.
Comme toujours, Jess m’accompagne, soutien psychologique inconditionnel, mais également témoin des paroles du médecin, au cas où une annonce épouvantable me rendrait incapable d’enregistrer le moindre mot.
Assis devant le médecin, avant de me révéler les résultats de mes dernières radios, il me pose des questions sur mon état de santé, sur mon moral.
Soudain, il attrape son téléphone et appelle le radiologue. S’ensuit des questions techniques et incompréhensibles sur mon Pet scan, puis, enfin, une phrase accessible :
“Donc, je peux annoncer à mon patient qu’il est stable avec une légère régression”
J’ai envie de rigoler!
Cette situation est irréelle, inimaginable, inexplicable.
Après toute cette ‘merde‘ vécue et l’arrêt de la chimio pendant 3 mois, la maladie fait preuve de faiblesse.
J’ai le sentiment d’être plongé dans une odyssée kafkaïenne… Et je me régale.
Effets prolongés de la chimio, mon moral, ma volonté inépuisable de vivre, mon médecin intérieur… Aucune réponse immédiate, je prendrai le temps d’en trouver la raison.
La discussion amicale avec le docteur se prolonge, et je lui fais part de mon souhait de ne plus subir de bilans aussi rapprochés.
Trop stressant et nocif pour mon moral. Il est d’accord.
Nous convenons de reprendre ma chimio et je quitte son bureau les bras chargés de ces substances chimiques.
Le sourire aux lèvres, la satisfaction en tête, je marche vers la voiture, heureux de retrouver mon esprit de combat, ravi de me sentir, à nouveau, sous l’aile d’un légendaire héros protecteur:
J’ai retrouvé mes gélules de chimio, et ce petit pourcentage de réussite qui me manquait.
Je suis motivé pour me reconstruire mentalement et physiquement, le programme sera chargé, mais j’y prends goût et je compte profiter de l’été.
Cette fois ça y est ma petite Emma: Papa est de retour!
Pffiou, je suis presque passé à côté mais ce mardi, j’ai eu une petite pensée spéciale pour moi-même!
En effet, ce 15 décembre, cela fait un an que j’ai débuté la chimiothérapie.
Je me souviendrai longtemps de ce lundi 15 décembre 2008.
La veille, je finalisais ma valise tout en sachant que mon départ du lendemain serait difficile. J’avais le sentiment de partir au combat, que je serais parachuté sur un champ de bataille où aucun cadeau ne me serait fait. J’avais surtout la trouille que doit avoir un soldat en partant au casse-pipe.
Serai-je fort malade ?
Serai-je fatigué ?
Vais-je souffrir ?
Quand mes cheveux quitteront-ils mon crâne ?
Dans quel état serai-je pour Noël ?
Les infirmières seront-elles sympas ?
Mon état me permettra-t-il de recevoir des visites ?
…
Trop de questions, pour pouvoir dormir paisiblement un dimanche soir.
15 décembre 2008, 7h40, depuis le seuil de la porte, je jette un dernier coup d’oeil dans la maison, je referme péniblement, derrière moi, la porte du domicile familial que je quitte pour une semaine d’hospitalisation. La sensation de tristesse qui m’a envahi sera identique et présente au rituel de départ de chaque hospitalisation, durant les huit mois qui suivront.
Ce qui me déchire vraiment, ce jour là, est de voir le visage d’Emma. Sur le chemin de l’école, du haut de ses 9 ans, elle me protège et tente de me cacher sa tristesse. Quel souvenir atroce !
Mes journées de cure étaient rythmées par les visites du personnel médical. A partir du deuxième jour les effets secondaires faisaient leur apparition et les odeurs de nourriture me dégoûtaient. J’avais souvent de la compagnie, Jess me rejoignait chaque fin d’après-midi et Emma faisait ses devoirs sur la petite table de ma chambre. Je terminais ma soirée en compagnie de Papa et je m’endormais vers 21h au plus tard.
Chaque jour, l’infirmière avançait de plus d’une heure l’injection de la substance de chimio, ce qui me permettait, au bout de 5 jours, de quitter la clinique début en d’après-midi.
A mon retour à la maison, je devais faire face à la dépression morale et physique que provoquait la quantité de produits toxiques dans mon organisme. J’avais des difficultés à m’alimenter et les effets secondaires persistaient.
Cela aurait pu être pire, je le sais, et je me le suis sans cesse répété.
Mais ces moments restent pénibles et certainement plus douloureux que je ne me l’imagine car, aujourd’hui encore, y penser me plonge dans la tristesse. Tristesse de moments éprouvants, et tristesse de l’échec de cette chimiothérapie.

Un an plus tard, je suis toujours en chimiothérapie et pour la première fois mon diagnostic ne s’est pas aggravé.
Depuis 4 mois, je garde le cap tant espéré, je tiens le coup dans ce bras de fer interminable et je suis plus motivé que jamais.
La maladie est encore présente et se manifeste de temps à autre. Comme ce week-end, mis au tapis par mon foie récalcitrant, j’ai passé 3 jours à dormir, malade et sans force. Eh oui, c’est la réalité du cancer. Je peux être en super forme et soudain, plonger au plus profond du malaise. Mais je me relève, et reprends le dessus.
Ce matin sur mon vélo, au cours de spinning, j’étais simplement heureux. Heureux de pédaler, de suer et de me fatiguer. Heureux de sortir après le cours et de marcher dans ce froid et sous ce soleil. Heureux de rigoler avec Jess. Heureux de simples bonheurs comme à chaque fois que je me sors d’une mauvaise passe et que je reprends force et espoir.
Tout ce que je donne et que je perds, je sais que je peux le récupérer… et en mieux!
Allez Tchin Jemphi, un bon jus de raisin et A ma santé.
Cela mérite d’être signalé, la semaine écoulée a été exemplaire.
Malgré ma cure de chimiothérapie, je me suis rendu 4 fois au fitness pour suivre le cours de spinning. Je n’ai pas ressenti de douleurs cette semaine et contrairement à ce que démontrent mes prises de sang, mon foie me donne l’impression de mieux se porter.
Le week-end dernier, je lisais un article relatif à l’activité cardio-training et l’atténuation des effets secondaires causés par les traitements de chimio. En résumé, il démontrait que maintenir une activité physique durant les traitements améliore la vitalité, la force musculaire, les capacités aérobies et, surtout, atténue la fatigue due à la chimiothérapie.
Il ne m’en fallait pas plus pour me motiver et devenir mon propre cobaye!
Les instructeurs du cours de spinning auront donc vu ma trogne chaque matin. Etrangement, je me suis étonné de retrouver assez vite un bon rythme, me sentant chaque jour meilleur sur le vélo et capable d’augmenter la vitesse de pédalage ainsi que la résistance. Bon, rien d’extraordinaire et digne d’un exploit, mais une amélioration personnelle qui m’a fait du bien au mental.
Comme d’hab, l’équipement top niveau : cuissard compression ergonomique avec peau de chamois double épaisseur sans couture, t-shirt technique offrant une seconde peau et permettant une évacuation optimale de la transpiration, chaussettes de cycliste moulées aux orteils grande respirabilité, bidon SIGG hi-tech en alu léger sans soudure, chaussures à clips… Et mollets reluisants. Hé hé, ça le fait de se sentir pro! Je fus presque étonné des absences de Johan Museeuw et Tom Boonen dans le cours collectif.
En tout cas, la motivation et la satisfaction après séance étaient au rendez-vous.
Mon but avoué était double. Améliorer ma condition et me prouver que je pouvais tenir la distance dans cette nouvelle discipline mais surtout tenter d’éviter le K.O. annoncé après mes 14 jours de cure.
La période qui suit la fin de mes cures est devenue la plus rude, nausées, affaiblissement général et épuisement. Ce souci de me sentir si anéanti me pèse.
Ma semaine a été bouclée avec brio (avec qui ??), j’ai profité de mes matinées de forme et de mes après-midi de repos obligatoire, mes nuits de sommeil étaient meilleures et mon week-end en famille reposant et finalisé avec de bonnes crêpes au citron. Oui, je sais, spécial mais délicieux.
Ces efforts physiques vont-ils payer et me permettre de mieux traverser l’après-chimiothérapie?
On verra, mais j’ai profité du mieux que je le pouvais.











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