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it’s good to be alive, to be alive, to be alive

you see we’re born, born, born to be alive (born to be alive)
you see we’re born, born, born (born to be alive) 

Aaah, Patrick Hernandez… Je me souviens de ce bon vieux clip vidéo.
Légère ambiance lumineuse, un tabouret noir et Hernandez se déhanchant de gestes brusques avec sa canne, l’air grave, pas un sourire sur le visage…
Mmmmhh, souvenir d’enfance.

C’est la chanson que je fredonne ce samedi matin dans la voiture en direction du manège.
Et oui, c’est vrai! Je ne l’avais pas encore écrit:  J’ai repris l’équitation cet automne!
Après plus de 20 ans sans avoir posé mes fesses sur un canasson.

Jess m’avait bien quelques fois titillé durant ces années: “Je ne comprends pas que tu aimais tant faire du cheval et que tu ne montes plus jamais. Ca doit te manquer!”,

J’avais bien de temps à autres remis le pied à l’étrier durant les vacances; Téméraire, en Jeans et baskets sur un “cheval promène touristes”.

“Ti vas voir môssieur, j’vas ti donner le cheval di patron”, me disait le guide tunisien.
“C’est un vrai pir sang arabe, mon frère. Trrrès nerveux!”

Mwouais, en clair sa nervosité se résumait à son envie pressante de retrouver sa paillote sur la plage,  il connaissait par coeur la moindre bifurcation de la balade et soupirait à chaque changement de rythme.
Merci patron!

En fait, j’avais toujours trouvé de bonnes raisons pour ne pas me remettre en selle: Manque de temps, difficulté de choisir un manège, pas envie de me sentir nul et raide, et surtout… peur d’y reprendre goût.

Loin de moi l’idée d’abandonner mes engins carbon, mais ces derniers temps mon corps ne se remettait plus de mes sorties à l’épreuve du pédalier.
Les 2 jours suivant mes kilomètres à deux roues étaient synonymes de douleurs et de récupération pénible. Le bien-être intense que m’apportait l’effort physique était grisé par la crainte de souffrir.

C’est vraiment par hasard, un mercredi matin, que je suis remonté sur ce grand hongre alezan dans un manège de Moorsel.
Les crampes et frissons dans le ventre, les gestes vacillants et le stress marqué, après une demi heure de leçon, les souvenirs et sensations étaient de retour.
Une chose était certaine: la fièvre du cavalier était revenue!

Le cyclisme c’est l’effort, l’endurance, synonyme du combat, de la lutte.
Rouler à vélo c’est difficile, cela m’épuise mais me rend plus combatif, plus résistant.
J’aime d’ailleurs écrire que je me sens fort sur mon vélo, que je n’ai pas peur du cancer, que je suis toujours positif, en lutte sur les pédales, prêt à mener tous les assauts, comme un guerrier sur son champ de bataille.
Finalement la dureté de ce sport se rapproche souvent des difficultés des traitements, de la chimio.

Durant cet automne pourtant, lutter m’a épuisé.
Rendez-vous chez le médecin, compléments alimentaires, régime, prises de sang, radios, scanners… Tout cet univers médical m’exaspérait.
Même relever des enveloppes de facturation de la clinique dans ma boite aux lettres avait le don de m’enrager.
J’en avais marre de me rendre à la pharmacie, de dépenser mon argent pour des anti-vomitifs, des anti-douleurs ou des compléments alimentaires.
J’avais le sentiment de toujours me montrer fort et sans faille, de savoir tout surmonter… Et au final, je me suis affaibli psychologiquement et physiquement.

Je faisais réellement une overdose médicale!

Sur un cheval, la sensation est différente.
Il faut ruser pour tenter d’entrer en symbiose avec sa monture, le comprendre, ne pas faire d’erreurs, ressentir ses muscles et tenter d’anticiper ses réactions.
J’adore cet instant où je sens que le cheval va faire un écart, ou je perçois la contraction d’un de ses muscles, de son encolure ou de sa croupe. Cela dure une fraction de seconde, je sais qu’il va tenter de m’échapper, de se dérober à ma main et, à mon niveau d’équitation, j’espère juste avoir le bon réflexe.

Le côté relationnel avec le cheval m’offre un apaisement exceptionnel, un sentiment de bien-être, de repos.
Dans ces moments, je ne pense pas à la maladie, je n’entrevois pas ce sentiment d’affrontement, ce besoin d’en découdre avec des cellules destructrices de mon corps.
En réalité, je vis ces moments comme une union étroite et harmonieuse avec MA vision de la guérison, associé à un perpétuel goût de “trop peu”.

Il n’y a sans doute pas de hasard à avoir retrouvé le chemin des écuries à cet instant de ma vie.
Dans cette période où j’ai besoin de me recentrer sur un avenir qui nécessitera plus que probablement de vivre en sérénité avec les aléas de mon crabe.
Une période où mon esprit a envie de se souvenir, encore plus qu’avant, que l’important c’est de vivre.

Alors oui, mon cancer fait chier et je continuerai à l’affronter.
Mais j’ai surtout envie d’abuser de cette injustice.
Tout comme les milliardaires profitent de leurs millions, je vais user des envies de vivre et des rêves que la maladie a réveillés en moi.

Après le “promène touriste”,  j’entrevois très sérieusement le cheval thérapie.

Born To Be Alive!!!

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