Archive de Tag pour ‘cellules cancéreuses’.
C’est incroyable comme je peux être aussi déstabilisé par une situation que je connais si bien!
Ce lundi ma journée sera, une fois encore, rythmée par le rendez-vous fatidique de l’après-midi.
Ce moment où, assis sur une chaise en plastique orange de cette salle d’attente de Saint-Luc, je fermerai les yeux, tenterai de trouver une respiration profonde et reposante, me plongerai dans un souvenir ou une envie agréable, en essayant d’effacer toute autre pensée de mon esprit.
Mes conversations avec Jess prennent, dans ces moments, des allures d’une grande banalité. On parle du repas du soir, des courses à faire, du prochain week-end :
“T’as pas oublié qu’on allait au resto vendredi soir?
-Non, non, c’est dans mon agenda…”
Je sais pourtant que dans le pire des cas, tous nos programmes risquent fort d’être chamboulés!
Rarement nous en parlons dans ce moment précis. Il m’arrive juste parfois de lui glisser :
“Je suis mort de trouille, ma bouche est toute sèche et mon ventre se tord”
Elle me serre la main… Et vite nous passons à autre chose.
Le moment le plus pénible reste celui où j’aperçois mon oncologue, il sort de son cabinet, m’adresse un salut rapide… Et appelle un autre patient!
Le retard engendré dans sa consultation m’arrache alors les boyaux pour quelques minutes de plus.
Vous connaissez ce sentiment de malaise?
Parfois en plein milieu de la nuit, on se réveille d’un cauchemar, un rêve lugubre, dans lequel on a oublié un rendez-vous important, perdu le chemin de sa maison, été poursuivi par un intrus, pire vu son enfant tomber d’une terrasse d’appartement ou avoir un accident.
Le choc du réveil est intense et douloureux, imaginez juste les quelques secondes avant que, soulagé, on se rende compte qu’il ne s’agissait que d’un mauvais rêve. Ce bref instant où notre corps transpire, où l’on se trouve à la frontière de l’imaginaire et du réel, où l’on ressent encore une difficulté à retrouver notre respiration…
Voilà, c’est ça mon rendez-vous de demain !
Un cauchemar dans ma vie réelle et heureuse.
Alors si j’ai du mal à m’endormir ces derniers jours, c’est parce que je sais que je devrai affronter ce moment pénible.
Tout comme, quand j’étais gosse, je peinais à trouver le sommeil lorsque la crainte d’un nuit hantée jaillissait.
Comme lors de mes derniers bilans, au mois de septembre, je m’attèle toujours à programmer des journées et week-end bien chargés avant ma consultation.
Cette boulimie d’activités me permet de tenir le cap mais m’inquiète parfois.
Les examens médicaux ramenés à tous les 2 mois me donnent le sentiment de vivre en sursis, et de devoir en faire un maximum au plus vite, comme si le temps était compté.
J’ai horreur de ça!
Demain, je devrai annoncer au médecin mes douleurs récurrentes et mes problèmes digestifs à répétition.
Cela me décourage.
J’aimerais tant arriver sûr de moi, montrer que je suis en pleine forme, que je ne me sens plus fatigué.
Je voudrais tant obtenir la certitude d’avoir pu enrayer le processus de propagation de ces fichues cellules cancéreuses!
Comme me répète souvent Jess:
“Ces bilans sont indispensables, il faut que tu continues à connaître ton ennemi.”
Ce qui m’agace est que je ne connais que trop bien toutes les étapes de ce mécanisme qui entoure mes bilans.
Alors ce soir, pour lutter, je le joue en deux étapes : J’écris pour partager la douleur et ensuite j’établis le ‘check-up’ personnel des derniers mois.
J’ai toujours souhaité avancer le long d’une belle courbe de progression et m’étais promis de ne pas m’inquiéter avant que celle-ci ne s’effondre complètement.
Si je compare mon état actuel avec celui de novembre 2008, il n’y a pas photo!
J’ai une vie active, j’ai amélioré ma qualité de vie, je prends le temps de me reposer, je ne suis plus l’ombre de moi-même qui trainait dans le canapé des journées entières.
J’entre peut-être dans une phase un peu plus plane de ma courbe et je ne digère plus un paquet de frites sauce andalouse.
Mais bon, j’ai fait le Tour de France 2010 en mobile home, surfé en wakeboard, parcouru les rues londoniennes, mangé une dinde au foie gras et porto à Noël, pratiqué le powerkite et le char à voile, j’ai démoli une mercedes à vélo, séjourné à New York, grimpé l’Alpe d’Huez, descendu des torrents en rafting, repris les randos VTT, joué au golf, roulé avec Eddy Merckx… Et quoi docteur, c’est grave cette boulimie?!
Quoi qu’il arrive demain, je garderai mes ambitions, mes projets et mon envie de vivre heureux.
Et puis je ne vous l’ai pas encore écrit, mais : ”Cette semaine, je suis redevenu un cavalier actif, quelle joie!”











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