Archive de Tag pour ‘bonheur’.

Ce jeudi, notre grande famille était réunie une dernière fois autour de notre Bonne Maman.

Bonne Maman d’Enghien, comme nous la surnommions avec mon frangin et comme nos enfants, ses arrières petits-enfants, avaient également pris l’habitude de l’appeler.
Oh non… Rien d’un patronyme de noblesse , juste la façon, peu originale, que nous avions trouvé pour la distinguer de notre Bonne Maman maternelle… de Bruxelles.
Ben oui, elle habitait Enghien!

On était gosses et lorsqu’on nous évoquait nos grands-mères, on demandait : “Bonne Maman d’Enghien ou de Bruxelles?!”

C’est resté!
Et finalement, pour nous, nous y trouvions probablement une forme de noblesse, un petit côté exotique.
En effet, chacune de nos visites prenait un air de vacances. On embarquait en voiture, la route me semblait longue, on partait pour une bonne partie de la journée et retour tard le soir.
Je connaissais les paysages par coeur, nous changions de quartier, sa maison était toujours un lieu de rendez-vous pour les oncles, tantes, cousins, cousines, et les enfants étaient les rois!

La scène anecdotique d’une vieille pièce de théâtre bruxelloise me revient en tête :

Un homme accoudé au bar exprime à son ami sa crainte de rentrer en retard au domicile.
Son copain lui dit: “T’as pas à avoir peur de ta femme Fieu ! Tu dois lui montrer qui est le chef.”
Le gars lui répond: “Mais elle le sait que c’est elle le chef !” 

C’est un peu comme ça que je voyais ma grand-mère, dévouée à son mari et sa famille mais menant son ménage avec une autorité naturelle.

Quand on leur rendait visite, il y avait toujours de l’ambiance, nous passions la journée à faire les pitres, faire rigoler les adultes et jouer au football.
Nous passions à table à tour de rôle, de bonnes grandes tartines, de la charcuterie, du pain de viande, des croquettes, de la bière de table sans alcool… Et son frigo était toujours rempli de bonnes boulettes faites maison.

Régulièrement, nos grands-parents nous rendaient également visite à la maison.
Ils n’apportaient jamais de fleurs… Ils nous offraient des boudins!
Des BONS boudins de la région que nous prenions un plaisir à manger avec une bonne compote et de la purée.

Une rude journée se clôture!
Je réalise qu’avec le décès de Bonne Maman, disparait le dernier de mes grands parents et s’éteint une lignée de ma généalogie.

Je jongle avec cet étrange et troublant partage de sentiments:
Malgré la tristesse de perdre un membre de la famille, de voir Emma si bouleversée et en pleurs, je ressens la satisfaction de retrouver quelques racines, une belle réunion de famille et le retour sympathique sur les lieux de bons moments de mon enfance.

Alors ce soir, plutôt que de me peiner sur les circonstances de son départ soudain, j’ai envie de me remémorer une fois encore quelques uns des souvenirs lointains.

L’esplanade de verdure devant sa maison (elle me semblait aussi grande qu’un terrain de foot)
L’odeur de sa cave quand nous y descendions pour charger les paniers de sodas
Le grand surgélateur avec les bonnes glaces
Les glaces spaghetti du marchand ambulant (filaments de glace vanille, coulis de grenadine et coco râpée façon spaghetti bolognèse)
Le premier jour de l’an bien animé
Les nombreuses fêtes de familles, mariages, communions
… 

Ce soir, pour consoler ma petite Emma j’ai tenté, avec ses mots, de partager ma pensée :

Nous devons malheureusement composer avec la mort et la perte d’êtres proches.
Pose-toi la question de savoir si la personne que tu pleures a eu une belle vie, octroies-toi des moments de tristesse mais souviens-toi aussi de tous les bons moments que tu as pu partager, des souvenirs que tu garderas.
Ne te laisse pas enfermer dans cette vague de mélancolie et surtout continue à profiter de toutes les joies que tu peux t’offrir.
Crée-toi des souvenirs infimes sans limite et avec les personnes que tu aimes.
Tu es venue au monde avec le seul objectif d’être heureuse et de pouvoir tirer un bilan de bonheur de ta vie.

C’est clair, le cancer m’a ouvert les yeux sur ma façon de vivre pleinement et d’aborder la mort.

Même si je me doute que parmi toutes ses joies elle se faisait du souci pour moi, à mes yeux, ma Bonne Maman était heureuse!

Il y a un an, à mon retour de périple du Tour de France en mobilehome, je me souviens avoir écrit :

“Jaloux de ne pas pouvoir souffrir d’un mal plus loyal, d’une douleur physique qu’on s’impose, et de la fierté de l’exploit réalisé, je me suis promis de revenir, revenir pour grimper et descendre à vive allure…

Si je ne suis pas capable de rouler l’an prochain, j’en aurai encore plus envie l’année suivante, et si ce n’est pas l’année suivante, je le postposerai encore un fois, toujours plus motivé.” (Retour à la réalité – 16/07/2010)

En réalité, mon voyage approche et que je suis frustré!
Déçu par ces douleurs persistantes qui s’accentuent au moindre effort physique et qui semblent bien avoir décidé de jouer les troubles fêtes.

Malgré mon endurance physique qui commençait à s’améliorer, cela fait 2 mois que je passe de séances d’acupuncture en séances d’ostéopathie et manipulations diverses.
Mes organes souffrent de plus en plus, mon dos s’est raidi par les interventions chirurgicales et les douleurs récurrentes.
Mon entrainement n’a pas pu être optimal, rattrapé par la fatigue et les cures de chimio devenues éreintantes.

Je me suis plongé dans mes exercices de méditation, mes capacités mentales à motiver mon organisme à se relever et combattre.

Que j’ai envie de les grimper ces 21 lacets du col de l’Alpe d’Huez!

Me surpasser est devenu une habitude et ne m’effraie pas, mais la souffrance qui résulte parfois de ces efforts est devenue insupportable et démotivante.
Si ce voyage n’était pas programmé, je crois que j’aurais abandonné mon deux roues pour quelques mois. Avec beaucoup de tristesse certainement.

Mais voilà, certains jours je me sens dans une telle forme, qu’il m’est possible d’enfourcher mon vélo pour avaler 80 ou 90km. Jamais, sur mes pédales, je ne me suis senti en souffrance extrême. Mal aux jambes, aux muscles, le souffle coupé mais toujours avec ce sentiment de bienfait que m’apporte le sport et le dépassement personnel.

Alors tout au long de cette semaine, j’ai préparé mon paquetage, consulté et complété ma ‘check list’, acheté le matos nécessaire. Nouveaux pneus VTT, nouveau casque plus aéré, gants plus légers, sous-vêtements techniques, huile de chaîne appropriée, barres bio pour le ravitaillement, préparation et réglages du vélo de route, nettoyage des pignons…

Je me trouve face à un choix crucial, celui d’affronter cette ascension au risque de me retrouver paralysé par la souffrance pour le reste du séjour, ou abandonner cette idée, profiter de mes journées dans la montagne et remettre ce défi à un prochain col, plus tard, l’an prochain…

Dans les deux cas, il y aura une part de déception.

Alors, en attendant, J’ai tenté d’oublier ces 2 options et je me suis focalisé sur ma préparation mentale car c’est cet aspect que je peux maîtriser en totalité.
Peut-être qu’avec un moral fort, je constaterai avec chance une amélioration physique soudaine.

Depuis deux jours, je suis balancé entre la joie de ces préparatifs et mon état qui ne s’améliore pas vraiment.
Ce matin, après une nuit rythmée par des poussées de fièvre, j’ai vraiment eu le sentiment que je ne pourrais prendre le départ des Alpes.
A la clinique, suite à des prélèvements sanguins en urgence, j’ai bien cru qu’on allait m’annoncer une inflammation sanguine et une hospitalisation. Pourtant, il semblerait que ce soit une fois de plus mon foie qui se rebiffe.

Les symptômes liés à mes crises inflammatoires hépatiques sont destructeurs. Fièvres, yeux brulants, problèmes digestifs, douleurs musculaires et articulaires.
Ma nuque est raide et douloureuse, mon dos courbaturé, mes ischios tendus, mes tendons du tibia et mes doigts de pieds me font souffrir. J’ai le sentiment de devoir déployer une énergie intense pour me déplacer, passer du salon à la cuisine m’épuise.

Autant dire que mes entrainements des derniers mois ont été réduits à néant en quelques jours!
Quel gâchis.

Je suis perdu, avec le sentiment de ne plus ‘avoir la main’ sur mon état physique.
J’ai déjà pourtant rencontré et géré à plusieurs reprises ces turbulences hépatiques mais j’ai le souvenir douloureux qu’elle m’ont toujours laissé dans un état d’abattement conséquent.

La plupart des gens me diront que l’important est de pouvoir y aller, de jouir de cette semaine de repos à la montagne.
Cette fois, je voulais plus, il s’agit de l’objectif d’une année complète, un truc que je me suis mis dans la caboche il y a juste un an.
J’ai repris l’entrainement au mois de novembre, fait face à des interruptions suite à mon état fébrile, affronté le capot d’une mercedes, roulé dans le froid… Et tout ça avec bonheur.

La maladie me fait si souvent subir des déceptions diverses que certaines sont plus difficiles à affronter.

Mon côté positif me soufflerait à l’esprit que rien n’est perdu, que le challenge s’avère encore plus séduisant.
Mon côté réaliste, me rappelle la quantité d’anti-douleurs avalés ces dernières semaines, ma fatigue, ma démotivation.

Ce soir, en regardant les interviews du Tour du France, Thomas Voeckler, maillot jaune actuel déclarait :

“Je n’aurais jamais imaginé pouvoir gardé ce maillot après cette première étape des pyrénées. Je m’attendais à le perdre mais en ayant la certitude d’avoir tout donné. L’équipe a été géniale, rouler pour et avec ce maillot donne une motivation incroyable”

Alors, ce soir, pour m’endormir paisiblement, je vais me dire que mon cancer, tous ces tracas quotidiens, ces douleurs, ces déceptions… Ce sont mon maillot jaune virtuel.

Les Alpes 2011

Il est parfois opportun de laisser un proche partager ses émotions, ainsi j’ouvre l’accès de mon blog à une épouse, la mienne.
Son texte me touche et je suis fier d’elle.

Peut-on être + heureux dès lors qu’on traverse une épreuve qui nous bouleverse, nous amenuise, nous transforme, nous effraie,… ?

Ceux qui nous entourent souhaitent au fond d’eux que la moindre des récompenses, quand on affronte une maladie grave et sournoise, serait d’être + heureux. Que le bonheur amplifié serait une sorte de compensation, une contre-partie face à tout ce qu’on perd au fil des jours, des mois, des années.

Bien sûr, il ne faut pas tomber malade pour devenir heureux ! Le bonheur est souvent un choix. Et même si on ne choisit pas ce qu’on traverse, on peut toujours choisir la manière dont on l’affronte ! Chaque matin, on peut décider de faire de ses journées de belles journées, même si au final certaines s’avèrent plus grises que d’autres.

Une dame que j’estime infiniment nous a récemment confié à propos de notre petite famille que : “L’amour qu’il y a entre vous trois est tellement fort qu’il est presque palpable et remplit tout l’espace”.

Est-ce celà le bonheur, s’aimer malgré les obstacles ?

Est-ce s’endormir la tête débordante de craintes, est-ce garder à l’esprit que nos lendemains de ‘famille à trois’ sont peut-être hypothéqués, que tout peut basculer, est-ce ne pas pouvoir offrir à sa petite fille larmoyante le cadeau d’anniversaire dont elle exprime tant le désir “un papa sans cancer”, et ne rien lui cacher tout en la préservant, est-ce endurer l’impuissance qui nait face à la douleur physique de notre conjoint, est-ce partager ses peurs alors qu’on a déjà les nôtres, est-ce se relever chaque fois des décès qui nous cotoient, est-ce accompagner un malade à ses bilans ou ses opérations en gardant la tête haute, en ne perdant jamais confiance et optimisme parce que c’est contagieux, est-ce passer sous silence la tristesse ou la peur qui nous frôle parfois, pour ne pas apeurer celui qu’on aime, est-ce tout celà au quotidien et, malgré tout, malgré le sort, garder le sourire sincère et Profiter ?

Sans doute.

Parce que grâce à la vie, nous sommes entourés d’une merveilleuse famille aimante et d’amis fabuleux, sans qui cette épreuve en deviendrait vraiment une …

Alors non, nous ne sommes pas + heureux qu’avant. Mais nous profitons intensément de chaque instant, nous envisageons le quotidien autrement en étant pleinement conscients ; nous sommes simplement heureux, et on se montre moins exigeant, plus indulgent.

Jess

Ces derniers mois, une petite phrase résonne souvent dans nos conversations, à la maison, avec Emma, avec nos amis.
Ces quelques mots alignés l’un derrière l’autre sont même devenus sujet à plaisanterie, ou justifient les petits excès quotidiens.

“Il faut profiter de chaque instant”.

Tout le monde, à un moment, a certainement prononcé ces paroles.
Sorte de sésame que l’on lance vocalement quand on a envie de faire une grosse dépense, avaler une deuxième glace, s’acheter un vêtement hors de prix, voire même s’offrir de très belles vacances.

La maladie, tant que celle-ci ne nous abat pas ou ne nous met pas face à un ultimatum, ne change rien à la valeur de cette phrase.
Les traitements, les peurs, les souffrances, laissent, eux, des cicatrices physiques et morales. Ce sont ces événements qui me font perdre pied et qui, heureusement, changent ma vision de la vie.

Dès lors, cette petite phrase prend une toute autre dimension.
Rien d’extravagant, juste la pure application de ce dicton.

La capacité d’être joyeux quand il y a du soleil, celle de trouver la journée belle quand il pleut.
Trouver du bonheur en nettoyant la voiture ou en réparant le vélo d’Emma.
Pouvoir ironiser sur ma colère intense lorsqu’Emma ‘abandonne’ son iPhone dans l’égout.
La joie d’un barbecue à l’improviste ou les rigolades au moment de sortir les saucisses sous la pluie.
Râler sur le chien, et finir par rire qu’il ait piqué le gratin dauphinois ou ces mêmes saucisses, sur la table.
La réjouissance d’imaginer une sortie en ski nautique, le plaisir d’attendre au soleil que le bateau soit réparé (pas de bol!).
Le bien-être d’oublier la moitié des courses au supermarché et d’y retourner à vélo.
Se sentir en forme, appeler les amis pour se retrouver dans un transat et discuter.
Voir les prévisions météo et programmer deux journées à la mer pour le lendemain.
Etre allongé sur la plage, sans le soleil prévu, sous la pluie, ronchonner… Et finalement passer une excellente journée.

Cette liste pourrait être interminable car finalement, VIVRE me permet de surmonter les petits problèmes quotidiens, me rendre compte que mon entourage est unique, que chaque chose et chaque personne y trouve sa place et tient son importance.
Même les mauvaises nouvelles, l’abattement physique, les doutes, les moments pénibles qui sont des acteurs de notre vie de famille jouent un rôle : Celui de me permettre d’encore MIEUX PROFITER.

J’ai repris mes chimios la semaine dernière et je viens d’entamer la phase plus importante avec mes deux substances.
Pour l’instant, je me sens bien. Je suis fort fatigué mais je prends du plaisir à penser que mon activité me fatigue plus que le traitement.
Depuis la semaine dernière je me déplace souvent à vélo et laisse la voiture à l’arrêt. Je rencontre des connaissances, étonnées de me voir sur mon destrier. Hé hé, quel plaisir.

Je me déplace douloureusement depuis cette folle idée de monter sur une planche de wakeboard. Hésitant jusqu’au dernier moment, l’envie était plus grande que mon manque de forme physique.
Eh oui, c’était peut-être un peu risqué pour ma cicatrice abdominale.
Mais voilà, j’avais envie de me faire plaisir, j’ai pris de bonnes gamelles, j’ai crevé, et été KO les jours suivants.
C’était génial et ça fait un bien fou!

Quelle gamelle !

Pour ceux qui l’auraient oublié, ou qui s’en foutent, je rappelle que le Tour de France débute demain, qu’il sera en Belgique à partir de dimanche… Et que je pars pour les étapes des Alpes vendredi prochain.

A partir de lundi, je prépare le départ et l’itinéraire… Je tenterai de poster des articles depuis la montagne. Enfin, si le wifi nous suit jusque là.

Go Lance!
Jemphi is on the road agaaaain…

Ok, ok, j’suis de retour.  Ou plutôt, j’suis encore là.
Vous avez été plusieurs à me faire remarquer que je n’avais plus rédigé de billet depuis quelques temps. J’avoue que je suis agréablement surpris de la fidélité de vos lectures.

Je souris encore de relire le petit message posté par Jess, au soir de mon intervention chirurgicale.
J’étais dans le gaz et il traduit pourtant si bien mon état d’esprit du moment. Je me souviens avoir ouvert les yeux et découvert Emma et Jess, assises sur le bord de mon lit.
Comme toujours, après une anesthésie, je me suis demandé qui avait eu l’idée stupide de me réveiller aussi vite. Soudain, j’ai ressenti le profond besoin de me tracasser de mon état, de mon opération, de mes ganglions.
Avec émotion, le sourire de Jess m’a livré la bonne nouvelle : Ces salopards ne sont plus enfuis derrière mon aorte.

Je n’ai ressenti aucune douleur au réveil, juste la présence de ce maudit tuyau dans la gorge.
Je n’ai d’ailleurs rien perdu de l’entêtement dont je faisais preuve étant gosse. Malgré mon état comateux, je n’ai pas lâché l’infirmière :
“A quoi ça sert ?
Ca me gène.
On m’avait dit que je n’aurais pas de tuyau !?
Mais j’vais pas vomir ! Je me sens bien.
On l’enlève quand ? Demain !?
J’ai pas envie de le garder jusque demain.
J’ai mal avec ce truc !…”

Bref, de demain matin, on est passé à ce soir vers minuit, et ensuite à :
“D’accord, je vous l’enlève, mais vous n’avez pas intérêt à être malade sinon je vais me faire engueuler”.

Hé hé, quelle scie de compét’ je peux être !

C’est clair, les jours suivants ont été moins folkloriques. Les douleurs étaient importantes et la morphine, bien que m’offrant son magnifique pouvoir de repos artificiel, me rendait fort malade. J’ai quelque peu divagué et on en rigole maintenant avec mon père, qui fut souvent à mes côtés.

Petit à petit, mes côtes me font chaque jour un peu moins souffrir et mes séances de kiné améliorent mes capacités thoraciques.

Comme dit mon médecin: “Il faut vous ménager !”.
Pourtant, rester inactif à la maison, moi, ça me fout le cafard. Soudainement, le terme “déprime post-opératoire” me résonne dans les esgourdes. Je me défends d’être déprimé. Pourtant, je ne peux pas me le cacher, le moral n’est pas au top.

J’entends autour de moi les gens profiter de leur séjour de vacances ou préparer leur prochain voyage. J’aimerais tant y avoir droit.
M’imaginer guéri me procure une joie immense. J’adore évoquer mes projets et envisager le bonheur de ces instants futurs.
Mais ces jours-ci, je voile quelque peu mon quotidien.  Que ce soient des peurs ou des broutilles, tout semble idéal pour me gâcher la journée ou trouver une raison de ne pas me sentir bien à 100%. Tristesse, mélancolie, je me déçois à me laisser démoraliser par des futilités !

Vivre avec un cancer, c’est garder dans un coin de la tête que cette maladie pourrait avoir ma peau.
Je n’en connais pas le pourcentage, mais la probabilité de s’en sortir est supérieure à zéro. Je veux, un jour, approcher les 80 ans et pouvoir dire : “Il y a quarante ans, j’ai vaincu un cancer!”.
Brandir cette fierté, représente une motivation et un espoir énorme. Je continue à y croire et mes chirurgies à venir représentent, enfin, les dernières bornes avant l’arrivée.

“Dans un an, votre cicatrice ne se verra quasi plus”, me disait l’infirmière.

“Quoi!, j’espère pas.”
Cette trace, c’est une médaille.  Il est hors de question qu’elle devienne invisible. Je veux continuer à la sentir, à la voir, à me rappeler ce que j’ai enduré pour cette empreinte.
Après les dix centimètres d’entaille sur le dos, je reste impatient de gagner ma Légion d’honneur sur l’abdomen.

Pffiou, je suis presque passé à côté mais ce mardi, j’ai eu une petite pensée spéciale pour moi-même!
En effet, ce 15 décembre, cela fait un an que j’ai débuté la chimiothérapie.

Je me souviendrai longtemps de ce lundi 15 décembre 2008.
La veille, je finalisais ma valise tout en sachant que mon départ du lendemain serait difficile. J’avais le sentiment de partir au combat, que je serais parachuté sur un champ de bataille où aucun cadeau ne me serait fait. J’avais surtout la trouille que doit avoir un soldat en partant au casse-pipe.
Serai-je fort malade ?
Serai-je fatigué ?
Vais-je souffrir ?
Quand mes cheveux quitteront-ils mon crâne ?
Dans quel état serai-je pour Noël ?
Les infirmières seront-elles sympas ?
Mon état me permettra-t-il de recevoir des visites ?

Trop de questions, pour pouvoir dormir paisiblement un dimanche soir.

15 décembre 2008, 7h40, depuis le seuil de la porte, je jette un dernier coup d’oeil dans la maison, je referme péniblement, derrière moi, la porte du domicile familial que je quitte pour une semaine d’hospitalisation. La sensation de tristesse qui m’a envahi sera identique et présente au rituel de départ de chaque hospitalisation, durant les huit mois qui suivront.
Ce qui me déchire vraiment, ce jour là, est de voir le visage d’Emma. Sur le chemin de l’école, du haut de ses 9 ans, elle me protège et tente de me cacher sa tristesse. Quel souvenir atroce !

Mes journées de cure étaient rythmées par les visites du personnel médical. A partir du deuxième jour les effets secondaires faisaient leur apparition et les odeurs de nourriture me dégoûtaient. J’avais souvent de la compagnie, Jess me rejoignait chaque fin d’après-midi et Emma faisait ses devoirs sur la petite table de ma chambre. Je terminais ma soirée en compagnie de Papa et je m’endormais vers 21h au plus tard.
Chaque jour, l’infirmière avançait de plus d’une heure l’injection de la substance de chimio, ce qui me permettait, au bout de 5 jours, de quitter la clinique début en d’après-midi.

A mon retour à la maison, je devais faire face à la dépression morale et physique que provoquait la quantité de produits toxiques dans mon organisme. J’avais des difficultés à m’alimenter et les effets secondaires persistaient.

Cela aurait pu être pire, je le sais, et je me le suis sans cesse répété.
Mais ces moments restent pénibles et certainement plus douloureux que je ne me l’imagine car, aujourd’hui encore, y penser me plonge dans la tristesse. Tristesse de moments éprouvants, et tristesse de l’échec de cette chimiothérapie.

Un an plus tard, je suis toujours en chimiothérapie et pour la première fois mon diagnostic ne s’est pas aggravé.
Depuis 4 mois, je garde le cap tant espéré, je tiens le coup dans ce bras de fer interminable et je suis plus motivé que jamais.
La maladie est encore présente et se manifeste de temps à autre. Comme ce week-end, mis au tapis par mon foie récalcitrant, j’ai passé 3 jours à dormir, malade et sans force. Eh oui, c’est la réalité du cancer.  Je peux être en super forme et soudain, plonger au plus profond du malaise. Mais je me relève, et reprends le dessus.
Ce matin sur mon vélo, au cours de spinning, j’étais simplement heureux. Heureux de pédaler, de suer et de me fatiguer. Heureux de sortir après le cours et de marcher dans ce froid et sous ce soleil. Heureux de rigoler avec Jess. Heureux de simples bonheurs comme à chaque fois que je me sors d’une mauvaise passe et que je reprends force et espoir.

Tout ce que je donne et que je perds, je sais que je peux le récupérer… et en mieux!

Allez Tchin Jemphi, un bon jus de raisin et A ma santé.

Catégories du blog

Vos messages :

Le quotidien en images

Chimio

Snapple

Neige

Mouse

Teti

Work

Car Wash

Un sentiment camarguais.

Horse

Horse

More Photos

Jemphi’s Twitter Updates

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.