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2h48
Je tremble dans le canapé, j’ai des sueurs, mes jambes sont prises de spasmes proches des crampes, mes doigts, la paume des mains et des pieds me démangent, ma colonne vertébrale se tord de frissons profonds, mon corps est fatigué et j’ai envie d’hurler!
Lorsque je sombre pratiquement dans le sommeil, soudain plus moyen de rester allongé, je me lève, marche jusque dans la cuisine et rumine mon désarroi.
Je suis comme un junkie en manque de sa came!
Ma drogue à moi: cette saloperie de morphine.
Je n’en peux plus d’être sous ses effets narcoleptiques, sous les nausées et vertiges, avec cette sensation de ne plus être maître de mon corps.
Ces dernières semaines, j’ai tant abusé de la substance que par moment j’avais le sentiment que je m’éclipsais de mon esprit.
Je ne me reconnais plus, je suis déprimé, anxieux, sans envie de vivre.
Ce produit qui me soulage de mes douleurs est également en train de me ruiner le moral et de m’éteindre lentement.
Depuis hier, je tente en vain d’en diminuer les quantités mais une fois encore, cette nuit, je craque!
Il y a 5 minutes, sur le plan de travail de la cuisine, je me suis jeté sur un comprimé.
Mes doigts tremblants, j’en coupe maladroitement la moitié et le laisse fondre sur ma langue.
Alors que je sais que l’efficacité de ma dose ne sera pas rapide, je constate néanmoins mon soulagement, mon esprit est en paix, j’ai pris ma dose.
Je me sens faible et sans volonté!
Les larmes me coulent sur le visage mais je ne peux m’empêcher d’humecter mon index et ramasser les quelques poussières blanches de morphine qui marquent la pierre noire du plan de travail.
Je me hais encore plus que mon cancer.
Est-ce là l’objectif de la crasse qui m’a envahi: Créer mon autodestruction!?
La plus grosse difficulté de ce combat, réside dans le fait que ma vie est constamment mise entre parenthèses.
Que chaque nouvelle étape est une embuche de l’ennemi qui jaillit inopinément et me laisse plonger dans un traquenard.
Que ce soit une chirurgie manquée, une infection du foie ou une inflammation d’un organe, une pancréatite ou une paralysie procurée par une nouvelle douleur… Rien n’est prévisible, rien ne peut être anticipé.
Alors que je me jurais de garder le cap et ne pas plonger dans la dépression, j’ai le sentiment que ce cancer met tout en oeuvre pour déstabiliser ce pour quoi je me suis battu pendant près de 4 ans.
Oui, cela fait plusieurs semaines que mon pancréas ne fonctionne plus correctement, que je perds du poids et que mes douleurs s’accentuent… Mais bien au-delà de cette souffrance, je suis en train de perdre tout ce que j’avais gagné sur la maladie.
Je m’enfonce dans un gouffre, incapable de réagir, je manque de force, je dois abandonner des choses qui me tiennent à coeur et j’ai du mal à profiter de moments de bonheur.
Ma tête commence à s’enfoncer dans le coussin, mes oreilles se bouchent et je sens ma mâchoire s’engourdir.
Mon trip de morphine commence à procurer ses effets.
Je vais refermer mon macbook et profiter de cette image qui me revient à l’esprit:
Cet après-midi, péniblement sorti de mon état léthargique, je marche dans la rue étrangement calme et un oiseau se pose sur un câble électrique à peine 3 mètres au dessus de moi.
Il se met à chanter, nous nous arrêtons, nous regardons l’un et l’autre, puis il reprend sa vocalise.
Ce fut ma seule image positive de la journée!
Honte à moi, je voulais être un sportif, combattant irréprochable du cancer.
Je me sens comme un drogué!
Dormir, dormir, et encore dormir…
Voilà en gros, ce que je fais depuis mon retour de la clinique, il y a 2 semaines.
Les douleurs sont presque omniprésentes, je suis clairement patraque, pas le courage de sortir, de manger, ou d’écrire…
Jeudi dernier, je dialoguais, par téléphone, avec mon médecin. Inquiet par mon état général, je craignais que mon foie soit à nouveau infecté. Les symptômes étaient, pour moi, sans appel. Je digère mal, pas d’appétit, je me sens faible, courbaturé, les yeux fiévreux et brûlants… Mon envie de bouger est réelle mais mon corps ne suit pas.
Pourtant, les résultats sanguins de la semaine dernière sont satisfaisants.
J’ai enfin arrêté ces antibiotiques qui, après trente jours, ont réussi à me mettre sur les rotules.
J’explique au docteur ce qui me tracasse et me met au tapis. Il m’écoute mais se fie aux examens, le sang est bon, plus aucune inflammation, il n’est pas inquiet.
Comme souvent, notre conversation me rassure et je me sens mieux. Pour autant, il n’aura pas manqué de me rappeler que j’ai eu un abcès conséquent, beaucoup d’inflammation, pas de drainage possible, de fortes doses de médicaments et d’antidouleurs…
“Ce n’est pas rien quand même, hein”, me dit-il.
Et oui, j’ai souvent tendance à vouloir activer les choses.
Je souhaite tant pouvoir reprendre des forces, profiter des belles journées, refaire du vélo…
L’été est là, les courses cyclistes envahissent les écrans télé, la World Cup a commencé et les vacances approchent, je devrais me sentir plein d’envies et d’énergie, et ce n’est pas le cas.
Je me sens mou, sans motivation. Ca m’énerrrrrve!!
Je minimise, inconsciemment, les séjours à la clinique. Déjà pas simple quand ils sont programmés, c’est bien plus difficile quand je rentre en urgence. Je me rends compte qu’il me faut des semaines pour m’en remettre. Je dois également gérer la crainte liée à la douleur.
J’ai tellement souffert, que la peur d’une autre crise reste à l’esprit.
Séjourner à l’hôpital est synonyme de longues heures d’attente. Couché sur un lit, sous l’effet des médicaments, je subis les examens, je me pose des questions sur ce qui m’atteint, j’attends impatiemment les médecins et leur diagnostic.
Dans les couloirs et salles de radios, on croise des images qui restent gravées dans la tête.
Comme cette petite fille, un peu plus de 10 ans, en pleurs sur son brancard, suivie par ses nombreuses poches de perfusions. Malgré son passage rapide, je remarque la pompe à chimio accrochée à son lit.
En pleurs, elle appelle sa maman. “Maman, maman, c’est fini? hein c’est fini maintenant?”.
Elle m’a précédé sur le scanner, je me couche sous ce tunnel, son image ne m’a toujours pas quitté depuis ce moment.
J’ai si souvent répété à Emma que je ne craignais pas la clinique, que c’est un endroit merveilleux, qu’il donne la vie et qu’il en sauve d’autres.
Je le pense encore, mais malgré cela, ce lieu peut nous infliger des souvenirs insupportables.
Sans cesse, je tente de trouver des repères à mon état de santé.
C’est important pour moi de me sentir dans une courbe ascensionnelle. Etrangement, même durant les mois d’évolution de la maladie, je gagnais en résistance.
Je tente de me souvenir de mes capacités physiques de l’année dernière, à la même époque.
Ce week-end, mes antidouleurs, jusqu’ici alliés de choix, m’ont traîtrement lâché en pleine lutte, me rendant salement malade.
Alors hier, sous la poussée de mes proches, je suis retourné chez le médecin.
Fatigué, faible et courbé par la déception de l’échec, je lui ai avoué mes faiblesse sdu moment.
“Bien que je me charge d’optimisme, je vous avoue que je ne suis pas en grande forme, je me sens épuisé, j’ai mal aux os, aux jambes, au ventre, mon organisme ne fonctionne plus comme avant”, que cette phrase est dure à prononcer!
Je suis exténué de subir ces douleurs diverses, je sais que j’oublierai les souffrances mais je ne supporte pas l’idée du déclin.
Je ne peux pas imaginer que la maladie puisse m’imposer cet affaiblissement et me sortir de ma fameuse courbe ascensionnelle.
Alors chaque jour, je me donne un ultimatum :
“Ok Jemphi, aujourd’hui ce sera une mauvaise journée mais demain il y a aura une amélioration”.
Ca traîne à venir, mais je sais que j’y aurai droit!
Je me souviens des jours où, debout sur mes pédales, en plein effort, j’insultais cette crasse de cancer et je lui infligeais une correction.
Après ces dernières semaines, lorsque je serai de retour à ma vie normale, le châtiment n’en sera que meilleur.
Apparemment, il me faut du temps et du repos, “le Doc” est confiant et me donne le moral et la hargne.
Bon, je clôture sur une note humoristique:
Depuis hier soir, un nouvel acteur a fait son apparition dans mon traitement.
Il porte le doux nom de Collargol et est taillé comme un calibre 12.
Si le médecin ironisait au moment de la prescription, c’est avec un fou rire en compagnie de mon frère que j’ai découvert l’engin à la pharmacie.
Aujourd’hui, je reçois ma boîte de munitions des mains de mon pharmacien.
Une journée de préparation!
C’est du taillé main, ça ressemble étrangement aux missiles plastiques qui accompagnaient mon robot Goldorak quand j’étais gosse.
L’utilisation en sera bien moins drôle.
Allez, un suppo et au lit!
Aaaargh, j’aime pas…
Ca y est, ma sortie de clinique est pour aujourd’hui.
Cette fois, je ressens une peur de quitter l’environnement médical.
Soudain, le souvenir d’un vendredi d’août 2008 me revient à l’esprit. Je venais, à l’époque, d’être diagnostiqué, et après une semaine d’hospitalisation, les médecins me renvoyaient à la maison. Un sentiment d’abandon m’avait envahi, comme si l’on me lâchait dans la nature avec mon cancer, sans agir, sans savoir comment on pouvait le combattre dans l’immédiat.
C’est ce même sentiment que je rencontre ce mercredi.
Je vais rentrer à la maison, avec le deuil de cette opération, avec mes peurs et mes interrogations pour la suite du traitement.
Mon médecin est resté optimiste.
Encourageant pour la suite du traitement, pour mon état actuel, pour mon moral, pour les éventuels nouveaux traitements à venir, pour la recherche qui avance…
De mon côté, je reste bloqué sur cet échec de l’intervention chirurgicale, effrayé de devoir vivre accroché à une chimiothérapie, inquiet de continuer ma vie avec une maladie chronique.
Je crains de rentrer à la maison et de ne pas être à la hauteur de mon combat, de ne pas retrouver le moral.
Ce que je me suis promis, c’est d’y travailler avec ardeur, de me donner le temps d’oublier cette dernière épreuve, de retrouver des objectifs et de m’y consacrer à 100%.
Il faut que je puisse, à nouveau, profiter de la vie, sans que les nuages de cet échec n’assombrissent constamment mon quotidien.
J’ai des projets, j’ai envie de vivre, et j’ai un soutien inespéré.
Je ne m’en rends pas encore compte, mais j’ai tout pour gagner.
Je vais me remotiver, me reconstruire, établir un nouveau plan de bataille…. Et je ne me laisserai pas bouffer par cette crasse.
J’ai tant souhaité entrevoir des étapes précises dans mes traitements.
La chimiothérapie et tous les soins secondaires dont je me suis entouré, ça aide fortement, mais cela ne me permet pas de voir la guérison finale.
Pouvoir se débarrasser physiquement des traces de la maladie, c’est du concret.
J’ose à peine l’écrire tant les dernières prévisions ont été bouleversées, mais bon, je me lance, allons-y:
Mon intervention chirurgicale au pancréas se fera le 31 mars.
Whouuu, ça fait du bien de l’annoncer!
Et oui, en plus, à un jour près, j’aurais dû supporter la pression d’un éventuel poisson d’avril.
Vous imaginez, se faire opérer un 1er avril?
Quoi que, j’aurais pu préparer une petite blague, bien pesante, pour les infirmiers des soins intensifs :
“Je ne sens plus mes jambes, je ne peux plus les bouger, mes bras non plus !
Qu’est ce qui m’arrive? Je suis paralysé.
Mais non je rigole, poisson d’avril.”
Ou alors :
“Faut que je me lève, j’entends les bombardements. On ne peut pas rester ici, il faut se réfugier.
Rassemblez les animaux, appelez le docteur House et Horacio Caine. Je veux leur parler tout de suite…
Mais non, je ne délire pas, je vous faisais une blague, c’est le 1er avril.”
Cette fois-ci, il ne devrait pas y avoir de raison d’annuler ou postposer la chirurgie.
Pour rappel, et pour ceux qui ont du mal à suivre, l’objectif est de retirer la tumeur et la tête du pancréas ainsi que les nombreux ganglions cancéreux qui se sont logés dans mon abdomen (Whipple du pancréas).
La date approche et le stress monte.
L’intervention, bien qu’importante, ne me fait pas peur. Finalement, je dormirai et le temps passera beaucoup plus vite pour moi que pour la famille ou les amis qui attendront des nouvelles.
Je crains la convalescence qui s’annoncera longue.
Et puis le retour de ces foutus tuyaux dans le nez.
Cette fois, impossible de négocier. Je devrai les garder 15 jours.
“Attendez-vous à une intervention lourde et pénible.
Aussi bien physiquement que moralement”, m’annonçait le médecin.
Evidemment, avec mes questions habituelles, je faisais déjà preuve d’impatience:
” Et au niveau du sport, je pourrai reprendre quand?
Vous pensez que je pourrai partir au Tour de France durant le mois de juillet?
Dites, les sondes gastriques, je vais les garder 2 semaines ou il y a un espoir de les enlever avant?
Je pourrai me lever après combien de jours?
Pour manger normalement, ça va se passer comment? … ”
Bref, je pense que j’avais donné tous les éléments au chirurgien pour bien cibler le bonhomme.
“Vous savez, je veux éviter que vous ne déprimiez durant votre séjour à la clinique, alors imaginez-vous que ce ne sera pas simple de retrouver la forme rapidement.
L’anesthésie est importante et la revalidation demande du temps”, a relancé le médecin.
Je le sais.
C’est étrange ce sentiment de devoir subir cette épreuve importante pour guérir.
Mais c’est ma croyance : je dois en baver, me remettre en question et avoir un projet pour ma nouvelle vie. Sans ça, je ne m’estime pas capable de guérir.
Aujourd’hui, j’ai rassemblé toutes ces ‘conditions’.
Cela fait un an et demi que ma vie est chamboulée par les traitements, douleurs, déceptions et joies de vivre. J’ai apprivoisé la maladie et appris à comprendre le fonctionnement de mon organisme.
Je sais qu’il me reste encore des étapes cruciales, et pénibles, mais j’ai la faculté de faire un trait sur les souffrances.
Je ne les oublie pas, elles sont encrées quelque part dans mon esprit et je peux me les remémorer. Cependant, elles ne me hantent pas comme des souvenirs atroces, elles représentent des frontières traversées, les accomplissements de mes exploits personnels.
Je suis impatient pour ce nouveau combat.
Je songe déjà à mon retour à la maison (probablement fin avril) aux couleurs qu’aura repris notre jardin, aux envies de m’installer au soleil, lire un magazine, écouter de la musique, aller à la mer, boire un jus de fruit, manger un bon saucisson artisanal, me promener en tee-shirt,… Et passer ma main sur cette nouvelle cicatrice, heureux d’avoir flanqué une nouvelle déconfiture à mon ennemi.
Il est l’heure de me lever, je garde les yeux ouverts, un long moment, en pensant à la semaine qui se profile :
Un plat de pâtes, un paquet de frites, un resto asiatique, une journée à la mer, un ciné, un peu de sport (si le corps le permet)… voici les premières envies auxquelles je songe.
Cette semaine se révèle un peu comme une dernière semaine de vacances, dont on déteste imaginer la fin. Ces ultimes jours qu’on aime voir passer lentement et pour lesquels on prévoit des activités motivantes et diverses.
Ce midi, je suis installé à la table d’un resto, mon Mac sur les genoux et ma musique dans les oreilles. Isolé, parmi les bruits d’un lieu qui fourmille dans tous les sens. S’arrêter et prendre le temps de respirer, de se recentrer, encore un bon exemple de ce que la maladie m’a apporté. Un luxe simple et gratuit, que je dois juste prendre le temps de m’accorder et que j’ai si souvent délaissé.
Si tout se passe comme prévu, je serai sur la table d’opération le mercredi 03 février.
Bon, c’est rapide et j’avoue que, jeudi dernier, l’annonce de la date m’a un peu coupé les jambes. Je m’attendais à un délai plus long, et nécessitant un peu plus d’organisation clinique. Mais au final, à force d’ouvrir et parcourir mon dossier, les médecins et chirurgiens le connaissent assez bien.
Ma première cicatrice sur l’abdomen !
Comme une décoration, j’envie les moments futurs où je passerai mes doigts sur cette couture épidermique, souvenirs de moments douloureux, de combats, de sacrifices, de décisions importantes… Fièrement, je sais, déjà, que cette trace cutanée indélébile sera un synonyme de victoire.
Il y a 18 mois, au lendemain de mon diagnostic, je n’avais qu’un souhait : Qu’on m’arrache cette tumeur du pancréas.
Entre-temps, la maladie a évolué, elle m’a abattu, m’a désespéré, m’a obligé à faire face à des annonces effrayantes… Je me suis battu, j’ai continué à y croire, j’ai repris le dessus, et je suis encore là. L’éventualité chirurgicale, dont je me suis si souvent éloigné, est enfin une réalité.
Je suis heureux, impatient, motivé à bloc. Je mentirais en prétendant que je n’ai pas la trouille, mais j’ai, et ça tombe bien, la rage au ventre, une rage de victoire.
Cette intervention, j’ai du la conquérir, je la mérite.
J’aime imaginer le moment où l’on me posera le masque à oxygène sur le nez. Comme pour mes précédentes anesthésies, je profiterai de cet instant pour me projeter dans le futur. M’évader à New York avec Jess et Emma, pédaler sur mon vélo en pleine forêt. Mes longues respirations me feront tourner la tête, celle-ci s’enfoncera dans le matelas du brancard, je serai artificiellement apaisé…
Je crains plus le réveil, la douleur envisageable et les malaises. J’y travaille et évoque déjà les moyens d’édulcorer ces moments.
La semaine dernière, au réveil de ma cholangioscopie, semi comateux, je m’intriguais de l’ambiance de la salle de réveil.
De retour d’une colonoscopie, la dame à mes côtés ne cessait de gémir et d’articuler sa tête dans tous les sens.
« Réveillez-vous madame. IL FAUT VOUS REVEILLER », hurlait l’infirmière.
« Rhhââaa, ai mâââl.
- L’examen est terminé madame, il faut vous réveiller. Vous devez faire des gaz, vous avez beaucoup d’air dans l’abdomen ».
En clair, pétez, vous irez mieux !
Cet épisode est digne d’un sketch, se réveiller entouré de patients à qui on ordonne de flatuler…
Il est évident que chacun de mes passages à la clinique m’apporte, au moins, quelques notes humoristiques.
Sincèrement, pour me réveiller, j’aspire à une voie douce et rassurante. J’aurai envie d’entendre me dire que l’opération est terminée, que je vais bien.
La convalescence m’effraie quelque peu, elle sera longue et pénible mais je sais que je pourrai compter sur mon entourage pour me soutenir. Je suis persuadé que nous avons, chacun, une force intérieure insoupçonnée, nous rendant capable de soulever des montagnes.
Depuis plusieurs semaines, lors de nos passages à Stockel, l’air froid hivernal a transporté les odeurs alléchantes de la friterie. Plus d’une fois, Emma et moi nous sommes regardés, enivrés par ces effluves de patates dorées et croustillantes qui me sont déconseillées.
Cette semaine, je me suis promis cet écart. Je me régale déjà de l’odeur de friture et du petit pot de sauce qui l’accompagnera. Pour ma part, ce sera un paquet moyen, une fricadelle et de la sauce andalouse.
Après ça, je me mettrai sur les « starting-block », prêt à me lancer.
Je jette un œil sur mon blog et me rends compte que mon dernier post date d’il y a un mois.
Les semaines ont filé, avec ce constat amer : la période de fêtes de fin d’année n’était pas géniale, ces moments sont destinés aux gens qui nagent dans le bonheur.
Tant pis, passons au delà et espérons que l’an prochain, notre petite famille affrontera les réveillons avec l’esprit libre.
Je me sors petit à petit d’une période plus compliquée. Mon foie subit des attaques inflammatoires assez importantes. Aucune idée pour l’instant des causes précises mais les conséquences ont été, physiquement, assez perturbantes. A trois reprises et chaque fois à 5 ou 6 jours d’intervalle, j’ai essuyé des crises de foie, traduites par de la fièvre, des problèmes digestifs, courbatures douloureuses, maux de tête et démangeaisons atroces sur tout le corps.
Pas évident de retrouver rapidement la dose d’énergie utile pour mener une vie normale.
Me sentir mal et abattu par ces symptômes, c’est à nouveau la porte ouverte aux doutes. Alors, pour retrouver ma confiance, je me suis convaincu que cette inflammation hépatique était nécessaire pour lutter contre mes métastases et éradiquer les traces cancéreuses dans mon organisme. Cette image me plait et me remonte le moral.
Quel boulot!
Lutter contre la maladie est un job à plein temps.
Un jour, un membre du personnel médical a posé sa main sur mon épaule et m’a dit “essayez de ne pas trop y penser”.
Merci pour ce conseil irréaliste!
Il n’y a aucune recette qui permette d’enlever cette maladie de l’esprit. Pendant des mois, le cancer fut ma première pensée au réveil. J’ouvrais les yeux, et je songeais immédiatement: “C’est réel, je suis malade, ce n’était pas un mauvais rêve”.
Je me souviens de mon entrée à l’école primaire, de notre journée de mariage, de la naissance de notre fille,… Mais la date de mon diagnostic, c’est différent, elle est encrée dans mon subconscient. Cet événement est devenu un repère inconscient. Quand on me rémémore une histoire, un souvenir, c’est instinctif, je ne dois pas y réfléchir, je sais immédiatement si c’était avant ou après mon diagnostic.
Vous en avez beaucoup, des repères comme çà ? Pour moi, c’est le seul qui crée ce réflexe irréfléchi.
Je ne m’en plains pas car finalement, je m’y suis habitué. Peut-être qu’avec le temps, cela s’atténuera. Pour l’instant, cela me permet de me concentrer sur mon combat, ma guérison, et ce qui arrivera de meilleur.
Ce mercredi, je rédige mon texte depuis le service de radiologie nucléaire de Saint Luc. Et oui, l’heure du bilan complet a déjà sonné. J’ai trouvé, depuis les examens précédents, le bon créneau horaire.
Je débarque à la clinique à 7h30. Je débute mes examens par l’IRM, c’est là que les infirmières placent le mieux les perfusions. Ensuite, je garde la préciseuse perf ‘ et je me rends au -2V7 pour le Pet Scan.
On m’injecte le produit de contraste dans les veines et, accompagné de mon perroquet et de ma poche à perfusion, je patiente, en tapotant sur mon Mac, et en songeant aux résultats de vendredi soir.
C’est l’IRM que je trouve le plus fastidieux. Ce matin, les apnées répétitives, associées à la prises de mes gellules de chimio à jeun m’ont provoqué un malaise. Pour la première fois j’ai dû actionner la poire d’urgence que l’on me glisse dans la main. Une nausée énorme m’a envahi, j’ai cru que j’allais perdre connaissance.
L’infirmière est arrivée à grandes enjambées, m’a sorti du tunnel, je respirais plus profondément.
“Il ne reste que 2 apnées Monsieur, ça va aller?
- Oui, je me sens déjà mieux”
“Pfff, mauviette!”, je me suis dit.
Dans nos fauteuils confortables, il y a toujours quatres personnes qui attendent leur passage sous le Pet Scan. Comme à chaque fois, les autres malades se plaignent des cinq verres d’eau qu’il faut avaler.
Pas de souci pour moi, je les ingurgite presque d’affilée, je termine même la bouteille.
“Et oui, je suis sportif, je sais boire 1,5 litre d’eau si je veux !”, il n’y a pas de fierté inutile.
Depuis le couloir, j’entends papoter les infirmières :
“Je n’aime plus cette robe que j’ai achetée, j’ai l’impression d’être une baleine…
C’est dingue, les gens bouffent vraiment n’importe quoi…
Franchement, on changerait le bureau, on aurait beaucoup plus de place…
Rrrôôô mes parents qui habitent Bastogne, ils n’osent plus sortir avec la neige…”
Soudain, un monsieur, couché sur son lit, dans le couloir, nous fait l’exploit d’un râle extraordinaire, digne de Jurrassic Park. Je me retiens pour ne pas rire. Surtout que l’infirmière poursuit :
“Ca va Monsieur?
Vous devez faire pipi ? Vous avez un lange ?
Aaaah mais pourquoi vous me dites oui, faut pas me dire oui si vous n’en avez pas…”
Je préfère ne plus m’intéresser à la suite de l’événement ! Surtout que je réalise, à l’instant, que ce petit monsieur me précèdera sur le scan. Beurk !
Finalement, certaines salles d’attente proposent une animation distrayante.
Et puis les G.O. sont sympas, malgré leurs blouses blanches.
Bon, “crossed fingers” jusque vendredi!











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