Ok, ok, j’suis de retour. Ou plutôt, j’suis encore là.
Vous avez été plusieurs à me faire remarquer que je n’avais plus rédigé de billet depuis quelques temps. J’avoue que je suis agréablement surpris de la fidélité de vos lectures.
Je souris encore de relire le petit message posté par Jess, au soir de mon intervention chirurgicale.
J’étais dans le gaz et il traduit pourtant si bien mon état d’esprit du moment. Je me souviens avoir ouvert les yeux et découvert Emma et Jess, assises sur le bord de mon lit.
Comme toujours, après une anesthésie, je me suis demandé qui avait eu l’idée stupide de me réveiller aussi vite. Soudain, j’ai ressenti le profond besoin de me tracasser de mon état, de mon opération, de mes ganglions.
Avec émotion, le sourire de Jess m’a livré la bonne nouvelle : Ces salopards ne sont plus enfuis derrière mon aorte.
Je n’ai ressenti aucune douleur au réveil, juste la présence de ce maudit tuyau dans la gorge.
Je n’ai d’ailleurs rien perdu de l’entêtement dont je faisais preuve étant gosse. Malgré mon état comateux, je n’ai pas lâché l’infirmière :
“A quoi ça sert ?
Ca me gène.
On m’avait dit que je n’aurais pas de tuyau !?
Mais j’vais pas vomir ! Je me sens bien.
On l’enlève quand ? Demain !?
J’ai pas envie de le garder jusque demain.
J’ai mal avec ce truc !…”
Bref, de demain matin, on est passé à ce soir vers minuit, et ensuite à :
“D’accord, je vous l’enlève, mais vous n’avez pas intérêt à être malade sinon je vais me faire engueuler”.
Hé hé, quelle scie de compét’ je peux être !
C’est clair, les jours suivants ont été moins folkloriques. Les douleurs étaient importantes et la morphine, bien que m’offrant son magnifique pouvoir de repos artificiel, me rendait fort malade. J’ai quelque peu divagué et on en rigole maintenant avec mon père, qui fut souvent à mes côtés.
Petit à petit, mes côtes me font chaque jour un peu moins souffrir et mes séances de kiné améliorent mes capacités thoraciques.
Comme dit mon médecin: “Il faut vous ménager !”.
Pourtant, rester inactif à la maison, moi, ça me fout le cafard. Soudainement, le terme “déprime post-opératoire” me résonne dans les esgourdes. Je me défends d’être déprimé. Pourtant, je ne peux pas me le cacher, le moral n’est pas au top.
J’entends autour de moi les gens profiter de leur séjour de vacances ou préparer leur prochain voyage. J’aimerais tant y avoir droit.
M’imaginer guéri me procure une joie immense. J’adore évoquer mes projets et envisager le bonheur de ces instants futurs.
Mais ces jours-ci, je voile quelque peu mon quotidien. Que ce soient des peurs ou des broutilles, tout semble idéal pour me gâcher la journée ou trouver une raison de ne pas me sentir bien à 100%. Tristesse, mélancolie, je me déçois à me laisser démoraliser par des futilités !
Vivre avec un cancer, c’est garder dans un coin de la tête que cette maladie pourrait avoir ma peau.
Je n’en connais pas le pourcentage, mais la probabilité de s’en sortir est supérieure à zéro. Je veux, un jour, approcher les 80 ans et pouvoir dire : “Il y a quarante ans, j’ai vaincu un cancer!”.
Brandir cette fierté, représente une motivation et un espoir énorme. Je continue à y croire et mes chirurgies à venir représentent, enfin, les dernières bornes avant l’arrivée.
“Dans un an, votre cicatrice ne se verra quasi plus”, me disait l’infirmière.
“Quoi!, j’espère pas.”
Cette trace, c’est une médaille. Il est hors de question qu’elle devienne invisible. Je veux continuer à la sentir, à la voir, à me rappeler ce que j’ai enduré pour cette empreinte.
Après les dix centimètres d’entaille sur le dos, je reste impatient de gagner ma Légion d’honneur sur l’abdomen.











6 commentaires
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3 mars 2010 à 00:43
Ingrid Lapraille
Et c’est gagné,
Pour d’autres raisons qu’un cancer, j’ai expérimenté la consolidation identitaire grâce aux cicatrices;
quoi qu’il advienne
19 points de suture sous l’oeil gauche à 6 ans
ça change un visage, ça change une vie, ça change une conscience. Plus jamais on ne se voit de la même manière. Chaque regard porté sur soi même par miroir interposé est un rappel que la vie est rare, précieuse, et peut nous quitter très vite, sans qu’on ait eu le temps de classer les dossiers importants de notre vie.
C’est cette cicatrice qui marque ma seconde naissance, et je comprends quand tu exprimes ta volonté de la voir rester, comme un trophée, une victoire sur l’ennemi qui voudrait te sortir du jeu avant que tu n’aies pu prouver de quoi tu es réellement capable.
Tu le fais, tu le prouves, tu gagnes, c’est ce que je veux te dire. Pour moi tu as déjà gagné.
Bisous
3 mars 2010 à 18:34
lardennois eric
je ne savais pas…
je ne savais pas si je pouvais mais l envie de t écrire est tellement forte.
ce nest pas du voyeurisme loin de là mais j ai decouvert ton blog par hasard par ce site …heu… comment ha oui facebook,je ne sais pas si tu connais…par une amie que nous avons en commun.
alors juste une marque de soutient , de courage tu n en a je pense plus qu assez et te dire merçi,je doit t avouer quand les jours sont moins beau et moins facile je me plonge sur ton blog et nos petit problème ne sont plus que de futilitée,mais je suis certain qu avec le courage et la guerre que tu mènnes a toi tous seul fera j en suis certain un jour une grande vicoire.courage et bravo .
4 mars 2010 à 11:24
Jemphi
Merci
4 mars 2010 à 14:55
Jo
Can’t write but think about you all the time…
jox.
6 mars 2010 à 11:36
Jemphi
I know.
Thx
5 mars 2010 à 00:12
Cath
Aaaaahhhh !!!! Mes amis deviennent les amis de mes amis !! C’est simplement chouette ! Vraiment beau de voir que tout le monde est avec toi Jemphi, grâce à ton blog, grâce à facebook, grâce à la vie !! Cette vie que tout le monde traverse avec sa propre dose d’embûches, mais qui, avec quelques mots, quelques gentillesses, quelques sourires, est plus belle, chaque jour, un peu plus.
)
Un jour, tout bientôt, on pourra se retourner et se dire que c’est grâce à ça, qu’on est tous devenu, vraiment plus heureux !! Et grâce a toi !! mon frère