Il est l’heure de me lever, je garde les yeux ouverts, un long moment, en pensant à la semaine qui se profile :
Un plat de pâtes, un paquet de frites, un resto asiatique, une journée à la mer, un ciné, un peu de sport (si le corps le permet)… voici les premières envies auxquelles je songe.
Cette semaine se révèle un peu comme une dernière semaine de vacances, dont on déteste imaginer la fin. Ces ultimes jours qu’on aime voir passer lentement et pour lesquels on prévoit des activités motivantes et diverses.
Ce midi, je suis installé à la table d’un resto, mon Mac sur les genoux et ma musique dans les oreilles. Isolé, parmi les bruits d’un lieu qui fourmille dans tous les sens. S’arrêter et prendre le temps de respirer, de se recentrer, encore un bon exemple de ce que la maladie m’a apporté. Un luxe simple et gratuit, que je dois juste prendre le temps de m’accorder et que j’ai si souvent délaissé.
Si tout se passe comme prévu, je serai sur la table d’opération le mercredi 03 février.
Bon, c’est rapide et j’avoue que, jeudi dernier, l’annonce de la date m’a un peu coupé les jambes. Je m’attendais à un délai plus long, et nécessitant un peu plus d’organisation clinique. Mais au final, à force d’ouvrir et parcourir mon dossier, les médecins et chirurgiens le connaissent assez bien.
Ma première cicatrice sur l’abdomen !
Comme une décoration, j’envie les moments futurs où je passerai mes doigts sur cette couture épidermique, souvenirs de moments douloureux, de combats, de sacrifices, de décisions importantes… Fièrement, je sais, déjà, que cette trace cutanée indélébile sera un synonyme de victoire.
Il y a 18 mois, au lendemain de mon diagnostic, je n’avais qu’un souhait : Qu’on m’arrache cette tumeur du pancréas.
Entre-temps, la maladie a évolué, elle m’a abattu, m’a désespéré, m’a obligé à faire face à des annonces effrayantes… Je me suis battu, j’ai continué à y croire, j’ai repris le dessus, et je suis encore là. L’éventualité chirurgicale, dont je me suis si souvent éloigné, est enfin une réalité.
Je suis heureux, impatient, motivé à bloc. Je mentirais en prétendant que je n’ai pas la trouille, mais j’ai, et ça tombe bien, la rage au ventre, une rage de victoire.
Cette intervention, j’ai du la conquérir, je la mérite.
J’aime imaginer le moment où l’on me posera le masque à oxygène sur le nez. Comme pour mes précédentes anesthésies, je profiterai de cet instant pour me projeter dans le futur. M’évader à New York avec Jess et Emma, pédaler sur mon vélo en pleine forêt. Mes longues respirations me feront tourner la tête, celle-ci s’enfoncera dans le matelas du brancard, je serai artificiellement apaisé…
Je crains plus le réveil, la douleur envisageable et les malaises. J’y travaille et évoque déjà les moyens d’édulcorer ces moments.
La semaine dernière, au réveil de ma cholangioscopie, semi comateux, je m’intriguais de l’ambiance de la salle de réveil.
De retour d’une colonoscopie, la dame à mes côtés ne cessait de gémir et d’articuler sa tête dans tous les sens.
« Réveillez-vous madame. IL FAUT VOUS REVEILLER », hurlait l’infirmière.
« Rhhââaa, ai mâââl.
- L’examen est terminé madame, il faut vous réveiller. Vous devez faire des gaz, vous avez beaucoup d’air dans l’abdomen ».
En clair, pétez, vous irez mieux !
Cet épisode est digne d’un sketch, se réveiller entouré de patients à qui on ordonne de flatuler…
Il est évident que chacun de mes passages à la clinique m’apporte, au moins, quelques notes humoristiques.
Sincèrement, pour me réveiller, j’aspire à une voie douce et rassurante. J’aurai envie d’entendre me dire que l’opération est terminée, que je vais bien.
La convalescence m’effraie quelque peu, elle sera longue et pénible mais je sais que je pourrai compter sur mon entourage pour me soutenir. Je suis persuadé que nous avons, chacun, une force intérieure insoupçonnée, nous rendant capable de soulever des montagnes.
Depuis plusieurs semaines, lors de nos passages à Stockel, l’air froid hivernal a transporté les odeurs alléchantes de la friterie. Plus d’une fois, Emma et moi nous sommes regardés, enivrés par ces effluves de patates dorées et croustillantes qui me sont déconseillées.
Cette semaine, je me suis promis cet écart. Je me régale déjà de l’odeur de friture et du petit pot de sauce qui l’accompagnera. Pour ma part, ce sera un paquet moyen, une fricadelle et de la sauce andalouse.
Après ça, je me mettrai sur les « starting-block », prêt à me lancer.











6 comments
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26 janvier 2010 à 09:37
Fred
Bonne nouvelle! On sera avec toi ce 3 février !
N’oublie pas le tropico avec tes frites.
26 janvier 2010 à 10:32
Cath
Ça y est, mon frère de coeur, on y est !! Quelle victoire de déjà pouvoir envisager la première amputation de ce crabe imonde !! Ton courage de ces derniers mois, ta volonté et ta détermination ont payé: c’est la dernière ligne droite, elle est longue, mais elle est là, juste devant toi.
Comme lors des précédentes hospitalisations, mais plus encore cette fois puisqu’elle risque d’être plus longue, sois en paix, on est tous avec toi, aussi bien pour toi que pour soutenir Jess & Emma, et ta famille. Encore une fois, je te promets, que tu peux compter sur moi pour les soutenir, et pour bien plus, tu le sais déjà ! xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
26 janvier 2010 à 13:34
Wojtek
Comme je comprends ton sentiment d’impatience de te faire enlever ce bout de bidoche qui fout la merde dans ton corps, et cette peur de l’acte chirurgical… Le réveil n’est pas non plus une partie de plaisir, avec ses tremblements incontrôlés que l’on subit parfois, le médecin qui vient te causer alors que t’es encore dans les vapes. Tu m’as bien fait marrer avec ta voisine de réa et ses pets
Pour la douleur tu peux demander du paracétamol en I.V., ça pique un peu dans les veines mais tu planes bien et surtout t’as pas mal!
Courage!!! (mais ton blog prouve que tu n’en manques pas).
PS: les frites de Stockel ne m’ont pas beaucoup goûté, celles de la place du Miroir à Jette sont bien meilleures, et celles de la place Jourdan aussi (quoique en déclin paraît-il). Celles de la place Flagey ont bonne réputation si tu as la patience de faire la file Si tu dois te limiter à un paquet, choisis-le bien
26 janvier 2010 à 13:46
Wojtek
A Bordet, j’avais demandé qu’ils me fassent des « photos souvenirs » pendant l’intervention… Ma « beauté intérieure » n’était pas vraiment comme je l’imaginais, mais je trouvais intéressant de découvrir une face inconnue de moi-même. Faut avoir le coeur bien accroché, mais revoir ces photos quelques années après est une chose assez étrange mais agréable…
26 janvier 2010 à 21:31
valérie
Voilà que j’ai envie de frites moi aussi mnt ! Profite bien de ce cra petit plaisir
On est impatients avec toi ici, que tout se passe bien mercredi prochain , tu l’as bien méritée cette opération, on sait qu’on peut compter sur toi pour gérer tout cela et sur tes proches pour te chouchouter comme il se doit! Bises à vous trois xxx
27 janvier 2010 à 12:10
Chantal
Merci de nous partager ta vie, tes bouts d’âme, ta confiance, Jemphi. Très touchée de ton aventure dans la vie palpitante et de recevoir régulièrement de tes nouvelles par Cath.
Ce dimanche, nous serons 60 – 80 personnes au moins à penser à toi au même moment, ensemble et très fort. C’est la fête des Amis de la Gestion de la Pensée à Bruxelles. Il y a juste une année, tu y es venu avec Jess. Tu sais, mieux que quiconque, la force et le pouvoir de la pensée. Alors, j’ai envie de proposer à toutes ces belles personnes réunies, qui gèrent bien leurs pensées, de t’envoyer force, paix et amour pour t’accompagner dans ton voyage interstellaire de mercredi prochain… Nous serons tous très nombreux à te mettre dans nos pensées puissantes pour la re-conquête victorieuse d’une forme éblouissante…
Avec toi, en pensée, avec Jess et Emma et tous ceux que tu aimes et qui t’aiment,
Chantal,
la maman de Cath