Que de chemin parcouru, que de douleurs, que d’épuisement physique et moral.
Maintes fois, je me suis imaginé cette première victoire significative.

Assis dans la salle d’attente des consultations de Saint Luc, je ne me suis pas arrêté de parler avec Jess.  De ma maladie, de mes sentiments, de mes craintes, de la manière dont je pourrais affronter une mauvaise nouvelle, des vannes sur les patients qui attendaient comme moi ou sur cette Madame Ramirez qui, juste avant moi, monopolisait mon médecin et, sans le savoir, faisait grimper mon stress.

« Allez Madame Ramirez, c’est bon, rentrez chez vous… C’est mon tour ! »

Inconsciemment, dès l’arrivée du docteur, je le dévisage, espérant pouvoir capter dans son attitude ce qu’il doit m’annoncer.
On prend place dans son bureau, je le devance :

« Avant que vous m’annonciez une bonne ou une mauvaise nouvelle, je tenais à vous dire que je me sens beaucoup mieux, je refais du sport, j’ai pris 5 kilos, mon moral est meilleur, je supporte plus ou moins bien le traitement. »

Il était important pour moi de lui faire un bilan de mon état actuel et de lui renvoyer mon étonnement relatif à cette nouvelle situation.  Il me rétorque alors:

« C’est bien, c’est un bon traitement, deux mois sans avoir de vos nouvelles, je me disais que ça devait marcher».

Je crois comprendre à ce moment que cette consultation sera moins dramatique que les précédentes, je n’ose y croire et je me tais, le laissant continuer.

« Vos radios, PetScan et IRM,  sont encourageantes : la masse tumorale est stable et les métastases sont en régression »

Quel bonheur, mais c’est ce qui suivra qui me fera le plus grand bien…

« Le précédent bilan concluait sur une évolution de la maladie et une progression de la masse tumorale, des ganglions et des métastases avec apparition de nouvelles lésions.  Cette fois, on parle de stabilisation et d’une régression.  Je suis content pour vous ! ».

De retour à la maison, l’émotion rend l’annonce de ce nouveau diagnostic plus compliquée que je ne l’imaginais. Deux heures plus tard, je ne peux toujours pas trouver les mots qui déterminent au mieux mon état d’esprit.  Je me sens juste le plus HEUREUX du monde.

Ce soir, nous allons fêter les 40 ans de Philippe, un bon ami, sur une péniche le long de la Meuse.  Sa fête restera inconsciemment gravée dans mon esprit.  C’est le jour de cette fiesta pour ses 40 balais qu’on m’a annoncé cette première victoire.
Que d’émotion !