Je viens de faire mes examens sanguins hebdomadaires.
J’ose à peine l’admettre mais j’ai eu mal !
Après tout ce que j’ai déjà subi et ce qui pourrait se profiler, quelle honte de ressentir une douleur lors d’une prise de sang.
L’infirmière a-t-elle mal piqué, je n’en sais rien !? Ce qui est certain c’est que j’ai ressenti une douleur dans tout le bras, une sorte de tension jusque dans les doigts durant la prise des deux canules. Stoïque ou plutôt gêné, je n’ai rien osé dire, esquissant même un petit sourire assorti d’un « ça va ».
Initialement prévues mardi, mes analyses de sang auront été repoussées de 2 jours. On ne peut pas faire confiance au patient que je suis ! Rentré de vacances, je n’avais pas vraiment envie de me replonger aussi rapidement dans l’ambiance de l’hôpital.
Ces deux derniers mois, j’ai rencontré une véritable aversion à me rendre à la clinique. Ras-le-bol de ces murs blancs, de ces appareils d’imagerie, de cette odeur. Bref toute cette fourmilière que représente les couloirs de l’hôpital me manquait bien peu.
Quand je pense que pendant 6 mois, je me suis attelé à faire comprendre à Emma que cet endroit était synonyme de vie et d’espoir, que j’avais besoin de cet encadrement inespéré… Je le perçois maintenant comme un parloir aux mauvaises nouvelles !
Il faut dire qu’à part les prises de sang, mes visites se résument souvent à des examens ennuyants, parfois douloureux, suivis d’une visite chez mon médecin et bien souvent de mauvaises nouvelles.
Les examens et bilans restent les périodes les plus difficiles à vivre.
Pendant mes séjours de chimiothérapie, je m’étais trouvé des petits artifices afin de rendre le séjour plus agréable. Je prenais mon Mac et j’avais déniché une connexion wifi dont les médecins et infirmières ne connaissaient pas l’existence. Assez sympa, mon gastro-entérologue m’avait promis de ne rien dévoiler de ce petit vol de bande passante. En compagnie de Jess, je m’étais acheté un nouveau sac de voyage, des nouveaux vêtements. Un peu comme une rentrée des classes, la veille de mon hospitalisation, je me demandais ce que j’allais porter le lendemain, je préparais mes livres et DVD.
Et puis surtout, je ne trainais pas en pyjama.
Je ne comprends pas ces gens qui déboulent dans la chambre d’hosto et qui, pour rituel, enfilent leur pyjama.
Même sous morphine suite au placement de mon stent, j’avais sauté dans l’espace salle de bains dernier cri (en l’occurrence le lavabo et la tenture blanche), et j’avais enfilé mes vêtements après un rafraichissement rapide.
Mon docteur était entré dans la chambre peu après : « Habillé avec votre ordinateur sur les genoux, je vois que vous allez beaucoup mieux ! ». Tu parles, je crevais de mal, mais je faisais bonne figure pour qu’on me laisse partir et j’envoyais déjà un e-mail afin qu’on vienne me chercher.
Le meilleur souvenir que je garde de la clinique est certainement cette visite pour une ventriculographie. Je venais de terminer mes trois premiers mois de chimio. Deux jours avant, j’avais passé une IRM ; juste avant son départ pour l’étranger, mon médecin m’avait transmis les résultats par e-mail. J’étais « stable » et une métastase avait même diminué de taille.
Génial, j’étais fier !
Je déboulais comme un conquérant dans les couloirs de Saint Luc, je me sentais en territoire conquis, ma démarche était franche, j’avais l’impression de mesurer quinze centimètres de plus. Je prenais possession des lieux comme je prenais possession de ma maladie et de mon destin. Mais certains d’entre vous le savent, ma joie fut de courte durée suite à un examen contradictoire quelques jours plus tard.
Cette sensation reste cependant gravée dans mon esprit, j’y ai goûté et veux la revivre un jour.
Je sais qu’à un moment ou un autre, j’aurai droit à cette émotion de la victoire. Je savourerai ces instants, je les dégusterai en famille comme les meilleurs moments de ma vie !











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